C'est un genre qui ne dit pas son nom. Ce sont des BD qui racontent une communauté. Ce sont des romans graphiques, des mangas qui osent, qui affichent. Une bouffée de tolérance et finalement de normalité, dans un monde parfois compliqué, voire violent pour certains. Trois ouvrages pour s'en rendre compte.

L'Essentiel des gouines à suivre Planche Editions Même pas Mal
L'Essentiel des gouines à suivre Planche Editions Même pas Mal © Alison Bechdel

"L'essentiel des gouines à suivre" d'Alison Bechdel

L'essentiel des gouines à suivre, c'est une façon de vous dire que l'essentiel d'une communauté est là, compilée dans un recueil comme un journal intime. Comment elle vit, comme elle couche, comment elle pense l'amour, la famille, comment elle vieillit au sein d'une Amérique pas toujours simple à suivre. 

Le premier opus décrivait la période 1987-1998, on y découvrait Mo et sa jeune communauté de lesbiennes intellos. Le deuxième tome explore les dix années suivantes. Une fois le coming-out et les premiers ébats passés, comment construit-on sa vie dans une période aussi bouleversée que les 1998-2008 ? On est toujours à New-York. Pull marinière, cheveux courts, lunettes rondes, Mo l'héroïne, qui a les traits d'Alison Bechdel, n'a pas vraiment changé. Elle est toujours hypocondriaque, et toujours en colère. 

Agiter un drapeau incite les gens à ne pas se poser de question. Ils ont tous la trouille de passer pour antipatriotique

Mo est contre tout, la mondialisation, les bombardements en Afghanistan, le consumérisme. Entre l'élection controversée de George Bush face à Al Gore, entre le 11 septembre et les guerres qui ont suivi, l'Amérique version Mo, va mal. Et il n'y a pas qu'elle qui souffre.

Toni, je suis pas d'humeur

L'Essentiel des gouines à suivre Planches Editions Même pas Mal
L'Essentiel des gouines à suivre Planches Editions Même pas Mal / Alison Bechdel

Clarice et Toni ont des problèmes de couples. Leur fils qui a grandit, passe son temps devant les écrans. Sidney, l'amoureuse de Mo est très dépensière et un brin volage. Loïs s'essaie au drag-king, pour faire enrager Mo. Ginger a du mal avec l'intimité. Et Sparrow qui était lesbienne est désormais avec Suart, mâle blanc plutôt velu, souvent habillé en jupe, qui rêve d'enfants. 

Leurs histoires à elles toutes se confondent, se croisent, au rythme du quotidien ou de l'actualité. Une actualité qui pour le clin d'oeil, apparaît dans chacune des planches, via la télévision ou une coupure de journal. 

Alison Bechdel et son dessin noir et blanc, à l'allure de dessin de presse, s'amuse à relier le tout par séquence. Une tranche de vie par page, qui montre que ces femmes ont soif de liberté. Liberté autant sexuelle que de penser. Comme si après avoir exploré la vie de couple, elles avaient envie de vivre enfin leur vie de femme. 

► L'essentiel des gouines à suivres - 1998-2008 paru aux Editions Même pas mal.

"Let's be a family" de Tomo Kurahashi

Let's be a family
Let's be a family / Tomo Kurahashi

Quand la BD parle des homos aux homos. Taïfu Comics est un éditeur français de manga qui propose des fictions où les amours entre garçons, ou entre filles, sont au cœur des histoires. Thrillers, bluettes, tous les genres sont explorés. Même les sujets de société comme l'homoparentalité. Bel exemple avec le manga de Kurahashi où l'on voit deux jeunes gens, en couple depuis huit ans découvrir la paternité. Ils ne l'ont pas choisi, c'est elle qui vient à eux, quand leur amie de toujours, photographe de guerre, leur confie sa petite fille, Ayumi. 

Je ne veux pas la mettre en danger. Je suis sûre qu'elle sera plus heureuse, si c'est vous qui l'élevez

Commence alors l'apprentissage. Les réveils de nuit, l'école, le regard de leurs parents, celui des autres. Et cette intimité qu'il faut trouver pour juste préserver son couple. Pas de filtre ici, tout est montré. C'est parfois cru. Le manga ne s'embarrasse pas des conventions. Des hommes s'aiment ? Ils s'embrassent, et plus encore. Et ce, même si le sujet ne traite que d'homoparentalité ! 

► Let's be a family paru chez Taifu comics.

"Appelez-moi Nathan" de Catherine Castro et Quentin Zuttion

Appelez-moi Nathan couv Ed Payot Graphic
Appelez-moi Nathan couv Ed Payot Graphic / Catherine Castro, Quentin Zuttion

Tout est dans le titre mais aussi dans la couverture. Avant Nathan, il y avait Lila, née dans le mauvais corps. Lila qui ne veut pas grandir car la naissance de ses seins la dégoutte au sens propre. Lila dont les parents ne comprennent rien.

Dans 6 mois tu vas m'annoncer que tu es lesbienne. J'avais pas rêvé ça

Dans le monde d'aujourd'hui, avoir un enfant homo, passe encore. Avoir un enfant né dans le mauvais corps, c'est nettement plus complexe. Il faudra beaucoup d'amour de part et d'autre pour que les choses avancent. Cette histoire est tirée d'une histoire vraie. C'est un petit bijou de tolérance et ça fait du bien. 

► Appelez-moi Nathan paru chez Payot Graphic.

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