C'est le regard d'un auteur sur le parcours cahotique de son père entre Turquie, Arménie et Danemark. L'histoire d'un homme qui n'est plus chez lui dans son pays et qui peine à trouver sa place à l'étranger. Déroutant.

Couv Cafard Ed Presque Lune
Couv Cafard Ed Presque Lune © Halfdan Pisket

C'est un récit à la première personne. Un "je" qui se raconte à la manière d'un journal intime. Sans retenue. Le père d'Halfdan Pisket n'a jamais eu une vie facile.  Une enfance passée dans un village proche de la frontière arménienne. Rares sont les rires et les sourires et pourtant, le père d'Halfdan Pisket semble heureux, loin de la modernité, dans ce décors d'un autre temps. 

Je suis en haut du clocher avec mon meilleur ami. On parle des filles jusqu'au jour où il est tué par des sans visages.

Les sans visages, ce sont les conscrits turcs. Halfdan Pisket les dessine cagoulés avec deux cercles noirs pour symboliser les yeux. Le premier tome Déserteur, c'est la fin de l'innocence. C'est un frère musicien tué lors d'une manifestation à Istanbul. C'est l'obligation de faire son service militaire, la désertion, la torture en prison.  Cafard, c'est la suite, plus tard. Halfdan Pisket poursuit l'histoire de son père. Il quitte la Turquie.

Je suis devenu un étranger dans mon pays. Un article que pourrais être un travailleur immigré.

Ce sera au Danemark parce que paraît-il, les filles y sont plus jolies. L'innocence n'est plus là, mais elle résiste par bribes. Sur place, la réalité est dure. Soupçon de travailleur détaché, histoire de travailleur clandestin, sous payé, dans une champignonnière. Le père d'Halfdan Pisket se décrit comme...

Un sous homme à l'inverse des employés danois.

"Cafard" planche Halfdan Pisket
"Cafard" planche Halfdan Pisket / Halfdan Pisket ed Presque Lune

Le père d'Halfdan Pisket vit tout : l'amour avec Sofie le week-end dans le wagon d'un train, le mariage blanc avec une autre femme pour pouvoir rester au Danemark.  Cafard, c'est une lente descente aux enfers. Celui qui se raconte à travers l'enquête menée par son fils, est présenté comme ambivalent. On l'aime et on lui reproche ses choix. Il n'est pas tout à fait mauvais. Mais il est prisonnier de sa propre condition, d'homme déraciné, prisonnier de son propre labyrinthe. 

Le dessin en noir et blanc donne une impression de froideur à l'image du récit clinique. Les planches découpées en petites cases laissent un curieux sentiment. Comme une vision étriquée, coincée entre deux mondes. La volonté d'être libre, d'ouvrir l'espace, et le reflet d'une condition toujours contrariée. Vertigineux.

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