Imaginez que sous une des étoiles du premier drapeau américain, une étoile noire ait été glissée. Il deviendrait alors un enjeu pour la Maison Blanche. L'histoire scénarisée par Yves Sente et mise en dessins par Steve Cuzor est un modèle du genre. Une BD à lire comme on regarde un film.

Extrait de la couverture de Cinq branches de coton noir; éditions Aire libre
Extrait de la couverture de Cinq branches de coton noir; éditions Aire libre © Cuzor/Y.Sente

La légende raconte que George Washington demanda en personne à une certaine Betsy Ross, une couturière de Philadelphie, de le confectionner.

Les bandes rouges et blanches représentent les 13 Etats qui s'unissent. Les 13 étoiles forment une constellation

Dans la fiction imaginée par Yves Sente et Steve Cuzor, Betsy Ross y apparaît en belle femme, jeune veuve, dont le mari était un très proche de la cause indépendantiste. Elle a à son service Angela, une jeune femme noire, libre, qui vit avec ses deux frères dans le quartier noir de Philadelphie. Angela a des rêves d'éducation pour Tommy le plus petit. L'accès au savoir est un moyen pour obtenir l'égalité entre les noirs et les blancs.  Mais l'histoire est parsemée de drames. Les deux frères d'Angela meurent assassinés.

La leçon de dessin de Cuzor

Comment j'ai dessiné Cinq branches de coton noir : 

Vengeance pacifique

Angela n'a pas l'âme d'une martyr. Sa douleur prendra la forme d'une étoile noire, qu'elle va broder en secret sous une de celles du drapeau de Betsy Ross. C'est la destinée de ce premier drapeau américain enveloppé de son secret qu'Yves Sente et Steve Cuzor proposent au lecteur de suivre, dans une quête à plusieurs tiroirs. 

Le tout premier étendard rendant justice au peuple noir

Un siècle et demi plus tard, en pleine Seconde Guerre mondiale, le journal intime d'Angela est retrouvé par une de ses descendantes aux Etats-Unis. Johanna dont le frère Lincoln est sous les drapeaux US en Europe, dans l'attente du débarquement. Lincoln à qui l'on va confier la mission de retrouver le premier étendard américain, spolié par les nazis. Ecris comme ça, Cinq branches de coton noir donne l'impression de jouer à saute-mouton. Mais avec les mots précis et l'écriture minutieuse d'Yves Sente, on traverse les siècles et les luttes pour les droits civiques de façon magistrale. Pas un détail qui ne lui échappe. Pas de contre sens, ni d'incohérence. 

Une leçon de bande dessinée en monochrome

On suit Lincoln dans sa folle quête grâce aux mots d'Yves Sente mais aussi au dessin de Steve Cuzor. Il sublime un genre d'autrefois. Comme si le trait de Steve Cuzor s'était adapté aux différentes époques de Cinq branches de coton noir. Chaque case est une déclinaison d'une couleur. Rien ne dépasse, comme un cliché, une photo dessinée. La suite de l'histoire se situe entre A la recherche du soldat Ryan et une grande fresque de la Seconde guerre mondiale avec le débarquement, l'avancée des troupes américaines, la déroute des allemandes et la folie nazie.

I have a dream

Le discours d'août 1963 de Martin Luther King en pleine lutte pour les droits civiques, pourrait être vu comme l'épilogue de Cinq branches de coton noir. On se prend à rêver. Et si une des étoiles du premier drapeau américain possédait effectivement, une étoile noire à 5 branches, cachée. A l'heure de Donald Trump, ce serait un formidable pied de nez non ?

BONUS : l'interview en intégralité

Yves Sente et Steve Cuzor
Yves Sente et Steve Cuzor / Chloé Vollmer-Lo
4 min

L'interview intégrale de Yves Sente et Steve Cuzor

Par Laetitia Gayet

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