"Grand silence", "Transitions, journal d'Anne Marbot", "Notre guerre contre le sexisme ordinaire", ces trois BD parlent de sujets graves mais chacune à leur manière. Conte, journal intime ou cash, les auteurs offrent leurs visions dessinées.

Grand Silence Couv. Ed. Glénat
Grand Silence Couv. Ed. Glénat © Rojzman & Revel

"Grand silence" - Théa Rojzamn & Sandrine Revel

C'est jour de mariage. C'est jour de printemps. C'est champêtre. Dans un décors couleur pastel, les adultes sont à table. Les enfants jouent. Mais il y a cet homme en queue de pie, cheveux ébouriffés et collier de barbe qui apparaît. Il a les lèvres rouges. On dirait un clown, mais ça n'est pas un clown.

Alors les jeunes ? Qu'est-ce que vous fabriquez là ? Ta mère sait que tu fumes ? Je ne dirais rien. Tu peux me faire confiance. A condition que tu viennes avec moi

Grand Silence Planche Ed. Glénat
Grand Silence Planche Ed. Glénat / Rojzman & Revel

L'enfant qui réapparaît plus tard, au pied d'un arbre, n'est plus le même. Sans un mot, il tente de rassembler les parties de son corps éparpillés, pour se reconstruire comme un puzzle. Le dessin de Sandrine Revel n'est pas violent. Au contraire. L'indicible est mis en scène de façon subtile, douce, façon conte pour enfant. 

Survient un autre viol, puis un père divorcé qui force son fils à boire, une victime qui devient bourreau. A chaque fois, les gamins, brisés, sont démantibulés, obligés de reconstruire leurs corps, seuls. Qui pour voir leurs souffrances ? Les parents ? Aveugles. L'instit en fauteuil roulant qui dénonce ? Incomprise. Au sommet de l'Etat ? La présidente de la République en campagne n'a pas la tête à ça.

De toutes les histoires en faire une seule qui soit fictionnelle

Grand Silence Planche Ed. Glénat
Grand Silence Planche Ed. Glénat / Rojzman & Revel

Pendant ce temps, métaphore du dessin, l'usine rouge du Grand Silence tourne à plein régime, jusqu'au jour où elle est détruite. 

Les bourreaux n'ont plus de protection. Ils deviennent rouges. Les victimes, bleues, le silence est brisé. Le monde peut enfin savoir. Le contraste avec la réalité est saisissant. effrayant. "Cette forme du conte était nécessaire" dit Théa Rojzman, "de toutes les histoires en faire une seule qui soit fictionnelle". Il fallait oser.

Grand Silence de Théa Rojzamn et Sandrine Revel chez Glénat

"Transitions, Journal d'Anne Marbot - Elodie Durand" 

Transitions Couv. Ed. Delcourt
Transitions Couv. Ed. Delcourt / Elodie Durand

"J'en suis sûr maintenant. Je suis un garçon." Lui, c'est Alex.  La jeune femme aux cheveux courts qui parle à sa mère ce soir là, n'en est déjà plus tout à fait une. Elle est déjà lui, cet enfant de 19 ans qu'Anne n'a pas vu venir. 

Transitions, ce n'est pas seulement celle d'Alex, c'est aussi et surtout celle d'une mère.  Elodie Durand raconte sous la forme d'un journal de bord les différentes étapes de la vie d'Anne Marbot. Culpabilité, introspection, rendez-vous chez le psy, recherches, comment dire à ce garçon nouveau qu'on ne comprend pas, qu'on n'est pas prêt, mais qu'on l'aime envers et contre tout. 

Transitions Planche Ed; Delcourt
Transitions Planche Ed; Delcourt / Elodie Durand

Je ne me suis jamais laissé tombé

Elodie Durand dépeint avec justesse cette transition de la mère. Son dessin danse parfois à la Matisse au milieu des cases. Il devient brouillon, noir, quand Anne se perd. Il est technique quand il faut comprendre. Transitions c'est une forme de deuil. La fille tant aimée n'est plus. Elle doit laisser place à jeune homme beau, déterminé. C'est finalement la plus belle déclaration d'amour d'une mère à son fils et d'un fils à la vie. 

Transitions, Journal d'Anne Marbot par Elodie Durand chez Delcourt.

"Notre Guerre contre le sexisme ordinaire" - Vecchio, Sherry & Mullane

Notre guerre contre le sexisme ordinaire Couv. Ed Humanoïdes Associés
Notre guerre contre le sexisme ordinaire Couv. Ed Humanoïdes Associés / Vecchio, Sherry, Mullane

Sélène, c'est du brutal. Adolescente délaissée par sa mère, élevée par ses grands-parents avec qui elle ne s'entend pas, elle est en guerre contre tout, en particulier les garçons. Ceux qui harcèlent et plus encore. Celle qui raconte Sélène, c'est la douce Sophie, l'amie du lycée, devenue mannequin. Celle qui s'est effacée quand les garçons se moquaient. Celle qui regarde aujourd'hui avec dégoût, son monde de luxe, où les filles ne sont jamais assez maigres.

J'irais vois le proviseur s'il le faut !! Connor a essayé de me peloter

Notre guerre contre le sexisme ordinaire Planche Ed. Humanoïdes Associés
Notre guerre contre le sexisme ordinaire Planche Ed. Humanoïdes Associés / Vecchio, Sherry, & Mullane

Dans cet album jeunesse aux couleurs vives, et au dessin proche de l'animation, les auteurs dévoilent des ados perdus et des adultes indifférents. Il n'y a pas de prétention ici, ni de rédemption, ni résilience. C'est un regard cash, à l'américaine, façon comics, sur le monde tel que les adultes l'ont construit et telle que la jeunesse le reçoit. 

Notre guerre contre le sexisme ordinaire par Vecchio, Sherry & Mullane aux Humanoïdes Associés.

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