Maïa Mazaurette s'intéresse au greenwashing érotique. Car si les sextoys sont conçus en Europe, ils sont produits en Chine, ce qui engendre un cycle de production problématique.

Aujourd'hui au programme de Maïa Mazaurette : les sex-toys en bois
Aujourd'hui au programme de Maïa Mazaurette : les sex-toys en bois © Getty / Markus Ottitsch / EyeEm

Quand une personne est sexuellement attirée ou excitée par les arbres, on appelle ça de la dendrophilie. Alors, attention, je précise il ne s'agit pas de faire l'amour dans la nature. Ça, tout le monde le fait, mais avec la nature, ce qui est beaucoup moins répandu pour mille excellentes raisons pratiques comme l'écorce, les épines, les potentiels allergènes, les tiques, les araignées... Enfin, toutes ces choses répugnantes et qui expliquent la bétonisation exponentielle du monde. Mais je m'égare.

Ce que j'essayais de dire, c'est que, sexuellement, je ne recommande pas la consommation d'arbres à l'état naturel. Mais pour les douillets et les personnes possédant un vague instinct de survie, il existe des versions sexe-compatibles des arbres. Je parle bien sûr de sextoys en bois. Vous allez me dire "ça fait cent mille ans que ça existe. Et à l'heure des vibrateurs, utiliser un bâton pour se faire plaisir, c'est l'équivalent de retourner vivre dans des huttes". Et vous aurez parfaitement raison. 

Mais déjà, merci aux ébénistes, les dildos en bois peuvent être travaillés comme de véritables œuvres d'art et surtout, ils sont écoresponsables, ce qui n'est pas complètement joué avec les pulsateurs à double retors de fermentation nucléaire... Tout ça.

Le cycle de production des sextoys est archi problématique, même quand les produits sont conçus en France ou en Europe, ils sont fabriqués en Chine. Coût de transport, coût environnemental, coût social, j'en passe et des meilleures. En plus :

Quand on n'aime pas un sextoy, on ne peut pas le revendre sur le Bon Coin. 

On ne peut pas le donner à des amis. Donc c'est une perte sèche qui a généré un business qui est le greenwashing érotique. Donc l'éco-blanchiment. 

Concrètement, cette tendance n'est pas nouvelle, mais elle prend de l'ampleur avec tout un tas de produits bio sans déchet. Des lubrifiants, bien sûr, comme ceux de la marque BaoBo, mais aussi des sextoys conçus à partir de matériaux recyclés comme ceux de la marque Natural Pleasure. Et si on est vegan, il existe aussi une marque qui fait des menottes et des harnais en faux cuir. C'est tout aussi efficace, ça ne tue pas d'animaux et ça coûte moins cher. Tout le monde est gagnant. 

Et la dendrophilie dans tout ça ?

Il se trouve que l'arbre est un symbole classique du pénis. L'arbre, c'est la verticalité. On ne sait pas trop si les racines sont censées symboliser la testicule ou les prostates, mais c'est pas grave. 

Du côté des organes sexuels féminins, c'est Gaïa, Dame Nature, la Terre, qui font office de symbole. La sociologie montre que les femmes sont plus sensibles aux sujets environnementaux. Politiquement, on a même un mélange un peu des deux avec l'essor de l'éco-féminisme. 

Moralité : pendant que les hommes regardent les arbres, les femmes se raccrochent aux branches et inventent un monde sexo-responsable.

L'équipe