Cette semaine, Jean-Patrick proposé à Maïa un « échange de nudes »...

En bon français, un échange de photos érotiques. Et... et... et j'ai été flattée, parce que ça ne m'était jamais arrivé avant, pour des raisons démographiques bêtes et méchantes : l'échange de nudes, normalement, c'est un truc de jeunes, un tiers des 18-24 ans ont déjà pratiqué.  

Or, comme susmentionné dans ma dernière chronique, j'ai 42 ans, âge auquel plus personne ne vous demande de nudes, parce que plus personne ne vous demande, tout court. C'est un âge un peu particulier, pour une femme, tu verras Morgane. 

A 42 ans y'a plus de maillots de bain dans les publicités ciblées, seulement des paréos. A 42 ans ton propre utérus commence à te mettre des râteaux. A 42 ans quand tu finis un date Tinder, c'est toi qui payes l'addition, parce que le pauvre lapin de 27 ans que tu as hameçonné avec des photos prises au millénaire dernier, déjà il gagne la moitié de ton salaire, mais il gagne pas assez pour se payer l'alcool dont il aurait besoin pour coucher avec toi... C'est vrai. 

Je rassure nos auditeurs, je ne fais pas boire mes dates Tinder – c'est très inefficace, je leur file directement un cocktail GHB-Viagra.   Revenons donc à Jean-Patrick, et à son échange de nudes, parce que c'est une vraie question… en l'occurrence, de nature économique.  Pour qu’un échange soit juste, il faut que les objets échangés aient la même valeur – donc que ma nudité et celle de Jean-Patrick soient tout aussi excitantes. 

Là, attention. Car malgré mes 42 ans et mon utérus en roue libre, je suis extrêmement bien gaulée, non mais il faut le dire, y’en a marre de cette fausse pudeur dans les médias, je suis super bien fichue.  Et je le sais. Donc je ne me braderai pas. Pour me proposer un échange, Jean-Patrick a donc intérêt à avoir des arguments « solides ». 

Mais là où ça se corse, c'est que même un Jean-Patrick très beau, intérieur cuir, avec un aileron et des jantes en alliage, même un Jean-Patrick avec sextuple airbag abdominal... ne suffirait pas, parce que le marché du nude est inégalitaire, parce que je suis une femme. La loi de l'offre et la demande penche en ma faveur. 

L'échange de nudes repose sur deux « monnaies » : le capital érotique dont je viens de parler, et le capital réputationnel. Plus un homme fornique, plus il échange des nudes, plus il obtient de respect.  Pour moi, pour toutes les femmes, c'est l'inverse. Chaque partenaire sexuel, chaque nude échangé, fait baisser mon capital de réputation. 

Surtout que Jean-Patrick peut partager ma photo érotique : ça arrive à une personne sur six - et les cinq autres personnes sur six, ça leur est arrivé aussi mais elles ne sont pas au courant...  Et après, quand on a cramé sa réputation, c’est trop tard. On ne peut pas faire control-Z, même en rentrant au couvent. On ne peut pas annuler une confession proférée sur la radio publique. 

Rien qu’en évoquant mes dates Tinder, mon corps de rêve et mes exigences d’arguments « solides », je me suis fermé les portes du paradis, alors que si Tom Villa avait raconté exactement la même chose, il ferait sa chronique tout à l'heure en siégeant à droite du Christ.  Donc pour un nude, Jean-Pat, c’est non. Mais pour un échange vraiment égalitaire, tu peux toujours demander à Tom Villa.

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