Maïa nous emmène dans le monde enchanté où il y aurait des stagiaires, mais pas de directeur de stage, pas de patron, pas de profs, donc pas de dynamique de pouvoir, donc pas d'abus de pouvoir. Et tant qu'à faire, les stagiaires auraient leur majorité sexuelle puisque ces stagiaires, ce serait nous.

La sexualité, c'est de la cuisine...
La sexualité, c'est de la cuisine... © Getty

Imaginez qu'on puisse recommencer notre vie sexuelle maintenant. On oublie tout. On repart de zéro, vierge comme le massif des Vosges. Qu'est ce qu'on fait ? A priori, on commence en douceur : stage d'observation. Peut être qu'on se retrouve au photocopies et que ce n'est pas très, très gratifiant. Mais ce n'est pas grave. Reproduire permet d'apprendre les règles qu'on brisera à plus tard. On commence avec des lignes d'écriture, on enchaîne avec les spirales de luxure. 

La sexualité, c'est de la cuisine, c'est du sport. OK, on est d'accord, mais c'est un peu de la grammaire, de l'art, de la biologie, du stylisme. 

Et puis, on n'oublie pas les bases de la camaraderie, je parle bien sûr du consentement. Notre stage, il permettrait de poser toutes les questions. On pourrait mettre les doigts quand on nous donne la permission. Personne n'attendrait de performance, encore moins un miracle. Il n'y aurait pas d'enjeu, pas de hiérarchie, pas d'exploitation. Tout le monde se tutoierait. Ce serait génial, non ? 

Et la pratique ? 

On commencerait par valider le tronc commun. Et quand je parle de tronc commun, ceci n'est pas une métaphore un peu trop cash à 10h55 du matin. Je parle en fait du consensus érotique du moment. Dans notre culture, le tronc commun est appelé Script Psycho Sexuel. Ça consiste à embrasser, préliminer, pénétrer, orgasmer ou simuler le cas échéant. 

On n'est pas obligé d'aimer ce tronc commun, encore moins de le pratiquer, mais c'est quand même pas mal de connaître les codes. Ensuite, les stagiaires choisiraient ou pas des spécialisations tout seul, à deux ou en groupe. Il y aura bien sûr des rapports de stage forcément bienveillants puisque, je le rappelle, tout le monde serait stagiaire. Du coup, pas question d'évaluation et encore moins de sanctions. Ce serait juste un retour d'expérience qui nous permettrait d'affiner notre tour de main, nos préférence, et bien sûr, nos limites. 

Après les spécialisations, on pourrait encore continuer avec des stages techniques, tantriques, mécaniques. Des stages de stabilisation des acquis, de remise à niveau, de sensibilisation, d'innovation. À mesure qu'on aurait, ou pas des enfants, qu'on tomberait ou pas amoureux, qu'on vivrait sa ménopause, son compagnonnage, son divorce ou sa retraite, on retournerait en stage.

Dans le monde actuel, on a l'impression qu'il y a la puberté et les premiers rapports et qu'après aller c'est plié. Tu as une sexualité, la même pour toute ta vie. On sait bien que ce n'est pas vrai. On sait bien que c'est trop limité, mais on ne dit rien parce que dans le cas contraire, il faudrait admettre qu'on a des trucs à apprendre et on a tellement peur d'être jugé. Et tout ça nous amène au paradoxe sexuel du jour :. 

Quand on est vierge, on n'a qu'une envie, faire croire qu'on s'y connaît. Mais quand on n'est plus vierge, on n'a qu'une envie pouvoir admettre qu'on n'y connait rien.

Et ça, c'est vraiment difficile. Résultat on prétend toute notre vie qu'on a un brevet, un master, un CDI, alors qu'en vrai la meilleure chose qui puisse nous arriver, c'est de continuer à apprendre et repartir novice pour pas terminer blasé.

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