Cette semaine Maïa parle d'argent, mais pas seulement d'argent. D'argent dans la question de la sexualité. Car on n'en parle pas assez, comme deux choses sales dont il faut éviter de parler, et pourtant...

La sexualité est-elle vraiment un loisir gratuit ?
La sexualité est-elle vraiment un loisir gratuit ? © Getty

Le gouvernement va rendre gratuites les protections périodiques pour les étudiantes à partir de septembre. Car oui, avoir un utérus, ça coûte cher : 1 500 euros par vie en moyenne

95,2 milliards d'euros. C'est ce que coûterait à la collectivité chaque année la virilité, c'est-à-dire la version archaïque de la masculinité, celle qui pousse à prendre des risques, à faire preuve éventuellement de violence pour exercer sa domination. 95,2 milliards d'euros, c'est une fois et demie le déficit public annuel de la France. Et ce n'est pas moi qui invente le chiffre, c'est l'historienne Lucile Peytavin qui le calcule dans un bouquin qui va paraître mercredi aux éditions Anne Carrière et qui s'appelle en toute simplicité Le coût de la virilité

Et si je vous donne ces deux chiffres, c'est parce que l'économie de l'intime est un sujet qu'on voit apparaître de plus en plus fréquemment dans l'actualité. Et tant mieux parce que chiffrer les problèmes, chiffrer les mesures, ça permet non seulement d'en prendre conscience, mais aussi de parler la langue des dirigeants pour faire changer les choses. Et le côté politique n'empêche pas d'utiliser le chiffrage dans le couple. C'est ce que fait un podcast qui s'appelle Rends l'argent ! Réalisé par la journaliste Titiou Lecoq. On y pose les questions qui fâchent. Combien ça coûte d'être une femme ou un homme ? 

Et la sexualité là-dedans n'est pas épargnée. Rien que dans l'accès à des partenaires sexuels, on a des hommes qui disent : "Ben moi, je paye l'appli de rencontres ou l'accès au club libertin. Je paye traditionnellement l'addition". Et un premier rendez vous, c'est en moyenne 100 euros, et du côté des femmes, on dit que "les hommes sont mieux payés, donc ils peuvent quand même se permettre de payer l'addition". Ils disent aussi que "c'est pas forcément de la générosité quand c'est eux qui payent parce que ça leur permet de mettre la pression pour avoir des rapports sexuels". Et surtout, elles affichent leurs propres dépenses. Outre l'épilation, les vêtements, les soins, le coiffage, 65 euros par mois en moyenne, il faut ajouter ce qui a été théorisé comme la charge sexuelle contraception, préservatif, santé sexuelle en général. 

Et puis, après l'accès aux partenaires, il y a le rapport sexuel lui-même. Normalement, on aime considérer la sexualité comme un loisir gratuit. Mais est ce qu'elle l'est vraiment ? Il y a un échange, même quand aucune menace n'est échangé. Et des transactions, il y a de l'investissement, des risques, des bénéfices, du temps. Et le temps, c'est de l'argent. Parfois, le coût d'un rapport est dramatique, comme quand c'est un viol ou qu'il y a une infection sexuellement transmissible. 

D'autres fois, c'est un couple joyeux. Bon, ça coûte cher de tomber amoureux. Ça coûte cher de faire un enfant. Ça coûte cher à la planète de faire un enfant. 

Sauf qu'on n'aime pas trop compter. 

Oui, il y a une grosse réticence à sortir la calculette. En fait, on fait comme si la problématique sexe et argent n'existait que dans le cas de la prostitution. Mais il y a une économie sexuelle du couple. Et du côté de la philosophie ? On a beaucoup de travaux sur la question, alors bien sûr, il n'y a Paola Tabet, mais il y en a plein d'autres. Et du coup, cette pudeur est d'autant plus bizarre qu'on a vraiment, vraiment de quoi réfléchir à tout ça. Et à mon avis, si on n'en parle pas, c'est déjà parce qu'on aimerait que notre sexualité reste à l'abri du monde, un peu protégé, un peu sanctuarisée. Et on est toujours un peu déçu quand on réalise qu'elle fait partie de la vie, exactement comme n'importe quelle autre partie de notre vie. 

Ensuite, on oublie d'y penser parce que notre conception contemporaine de l'amour est fondée sur le don. Donc dès qu'il y a une histoire d'exploitation ou d'exploitation mutuelle, on a peur de perdre l'amour et le caractère un peu magique de l'amour. Et puis, enfin, j'ai l'impression que le combo sexe et argent, c'est la combinaison de deux choses que l'on trouve encore sale aujourd'hui, donc d'autant plus de raisons de ne pas en parler

Et moi, pourtant, je trouve ça génial de voir ces thématiques émerger. Déjà, parce que questionner les choses interdites, on est bien d'accord que c'est le meilleur. Aussi parce que le silence, ça ne marche pas très bien. Le non-dit va créer du ressentiment et on n'a pas besoin de ça. Et enfin, parce que poser la question des coûts, c'est aussi poser la question de ce que la sexualité nous rapporte en santé physique, psychique, en stress, en communication, en affection, en liens humains. Et ça, pour travailler notre gratitude, c'est bien de se rappeler que ça nous rapporte aussi des choses. D'où ma moralité du jour :. 

Pour faire la paix des ménages, évidemment, on ne va pas faire la guerre, mais on peut poser les coudes et les couilles sur la table.

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