Pour sa dernière chronique de la saison, Maïa Mazaurette propose de tout mettre en pause, même la sexualité. Aujourd'hui le sexe reste largement soumis aux injonctions du désir continu et illimité. Comme si l'abstinence et la pause sexuelles étaient devenues la nouvelle hérésie des temps modernes.

Quand le désir de sexe illimité occulte le désir d'abstinence ou de pause sexuelle
Quand le désir de sexe illimité occulte le désir d'abstinence ou de pause sexuelle © Getty / Anchalee Phanmaha

Pourtant, la pose sexuelle fait partie de notre héritage

Au Moyen-Âge, les rapports sexuels sont interdits hors mariage, évidemment, mais ils sont aussi interdits pendant la journée, lors du Jour du Seigneur, le dimanche, le jour de la mort de Jésus, vendredi. Pas non plus le samedi, parce que c'est la veille de dimanche. Pas non plus la veille de mercredi. Abstinence aussi pendant les 3 carêmes, donc les quarante jours avant Pâques, avant Noël et avant la Sainte Croix de septembre. Pas de sexe pendant les menstruations ni pendant les trois derniers mois de grossesse, ni quarante jours après l'accouchement, ni en général pendant l'allaitement. Pour bien se préparer au couple, on recommande aussi de ne pas avoir de rapports les trois premières nuits du mariage, car "il est bon pour l'homme de s'abstenir de la femme", écrivait saint Paul, qui détestait les femmes. 

Faut-il nous renvoyer au Moyen-Âge pour accepter chez certain.e.s le besoin d'abstinence ?

Non, mais quand même, ça devrait nous interroger. On a une sexualité qui n'a plus de temps mort. Elle appartient à la fois au temps exceptionnel des loisirs et au temps habituel du quotidien. Elle appartient à la fois au devoir conjugal et à la félicité conjugale. Du coup, on est sous pression tout le temps. Il ne faudrait jamais s'arrêter et si on le fait, ce serait forcément un échec, un échec personnel, un échec de couple. Et on sait que ça ne marche pas ça parce que c'est l'absence qui crée le désir. Sans absence, on banalise la sexualité et on peut même développer une forme d'indifférence si c'est toujours là, si le plaisir est toujours disponible, alors elle n'a plus de valeur. 

Il faudrait s'inventer des limites ?

En tout cas, on peut se rappeler que la tempérance est une option qui n'est pas forcément une marque de pruderie. Au contraire, de manière pratique, il y a des initiatives qui permettent de souffler un peu, qui ne sont ni le célibat ni la cage de chasteté, même si c'est possible. En ligne, il y a des groupes d'entraide pour arrêter la masturbation, pour atteindre, par exemple, le Graal d'un mois sans rapport sexuel. Je sais que je ne vais pas convaincre grand monde aujourd'hui avec possibilité, mais je pense quand même que ça vaut le coup de partir en vacances avec une petite question : ne serions-nous pas en train de confondre pouvoir coucher et devoir coucher si on peut, est-ce qu'on doit. 

Bonne abstinence et bon été ! 

L'équipe