La sexualité peut donc se consommer à la vapeur. Maia vous dit tout

Le sexe vapeur
Le sexe vapeur © Getty

Vous y avez tous pensé : les saunas gays, l'imaginaire des hammams, les maisons de bains japonaises où les hommes payent pour se faire frotter et plus si affinités. On pense aussi à une version domestique toute simple du sexe vapeur, celui qu'on pratique dans la salle de bain, de préférence armé d'un tapis antidérapant. Un accident est vite arrivé. 

Pourquoi ça marche, ce truc de vapeur ? 

Plein de raisons. Déjà des questions logistiques. Sur un espace clos, à l'abri des regards, où, traditionnellement, on se promène nu, où il y a la chaleur de l'environnement qui rappelle la chaleur de l'excitation. Et puis, il y a des explications très physiques, comme l'effet vasodilatateur de la chaleur. Pas mal pour les sensations. Pas mal pour les érections. Mais je crois qu'il y a aussi autre chose. Le voile de vapeur va couvrir tous nos défauts, toutes nos matières grasses. Il va nous protéger, va nous permettre de nous oublier trois secondes dans une culture qui encourage le narcissisme. Et puis, bien sûr, le même voile de vapeur qui recouvre le corps des partenaires qui les entoure de mystère qui nous donne envie de nous rapprocher. 

Moins l'autre nous en donne, plus on est obligé d'aller dans cette direction. C'est quasi mathématique 

C'est la base de l'érotisme. Il ne faut pas trop pour montrer. 

Ça fait longtemps qu'on se demande pourquoi. Déjà, au 15e siècle, le penseur humaniste italien Léon Battista Alberti, dans son livre 3 de son De pictura, affirme que l'image du sentiment le plus fort est forcément invisible. Si on veut exprimer l'émotion en peinture, par exemple, le plus efficace sera toujours de laisser du vide ou de voiler, mettre hors cadre, plonger les visages dans l'obscurité. De même qu'en art oratoire, le moment le plus puissant sera toujours celui pendant lequel on arrête de parler, le moment où on se retrouve sans voix. 

Mais pourquoi ça marche d'en faire moins. C'est la nature, c'est la culture, est ce qu'on est habitué, est-ce qu'on est programmé ? Il y a un philosophe allemand qui a une thèse là dessus. C'est Heiner Mühlmann. Dans son ouvrage La nature des cultures, publié il y a 25 ans, il explique des tas de trucs sur le thalamus, l'amygdale et le cortex, auquel j'ai strictement rien compris. Mais pour vous la faire brève, il conclut que plus une image est floue et rapide, plus elle stimule notre conditionnement affectif. Il en déduit le théorème suivant :. 

Une image distincte ne peut déclencher aucun affect. Si on veut être affecté, ce sont les images indistinctes qui fonctionnent le mieux. 

Et pourtant, la plupart des gens vont chercher leur excitation en consommant de la pornographie. 

Et là, on tombe sur un vrai paradoxe. Pourquoi aller regarder du porno où tout est visible et même sur-visible, en gros plan, en haute résolution, alors que notre cerveau n'aime rien tant que le flou artistique ?  

Ce n'est pas du tout un paradoxe, en fait. Si la pornographie est aussi populaire, c'est justement parce qu'elle permet de s'exciter sans être affecté(e). Avec le zoom, on peut faire un pas en arrière. On peut conserver nos distances. 

Avec l'explicite, on peut économiser notre imagination. Pas besoin de se projeter ou de s'investir.

En fait, on est dans le pur spectacle produit pour la masse, donc jamais trop perso ou jamais trop intime. En fait, c'est sécurisant et des fois, franchement, on a besoin d'être sécurisé. 

A ce titre, le succès du porno est tout aussi compréhensible que celui des saunas. Deux salles. Deux ambiances. Deux manières complémentaires de fantasmer. La vapeur, c'est l'anti pornographie. La vapeur, c'est ce qui arrive au désir quand il se met en danger. Je vous souhaite. Je nous souhaite pour ce week-end, de plonger dans le grand bain bouillant de l'érotisme. 

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