Naissance d'une expérience municipale de démocratie participative avec Maud Dugrand, Saillansonne de naissance et ex-journaliste à "L'Huma", qui présentait cette semaine son livre dans une librairie parisienne.

Vue générale de Saillans, avec un panneau de signalisation.
Vue générale de Saillans, avec un panneau de signalisation. © Maxppp / PHOTOPQR/LE DAUPHINE/BOYER Hélène

Maud Dugrand : 

La démocratie participative, arrêtons d'en parler, faisons-là !

"La démocratie participative à Saillans dans la Drôme, ça démarre par petits groupes. Parmi eux, il y a un directeur d'une MJC et un éducateur : des personnes qui ont des outils d'animation de réunion et d'éducation populaire. Ils ont lancé l'idée d'une réunion publique. Ça a été un succès : il y a eu environ 150 personnes qui se sont retrouvées à travailler ensemble par groupes de dix et à réfléchir. Autour de la table chacun parlait. Les gens sont sortis de là en se disant : 

C'est la première fois que je parle autant."

"La petite république" de Saillans de Maud Dugrand
"La petite république" de Saillans de Maud Dugrand / Editions du Rouergue

À Saillans, un potentiel sur le "vivre-ensemble"

MD : "Je connaissais le potentiel de ce village pour avoir y avoir vécu les plus belles années de ma vie. Je pense qu'il y a une capacité exceptionnelle à vivre ensemble. Ici, les adultes protègent les enfants et il y a une solidarité et un espace de liberté incroyables. Et puis c'est un cadre extrêmement beau. Mais de là à devenir un modèle politique ! 

J'ai compris pourquoi mes collègues journalistes se sont emparé du sujet de Saillans. Je suis aussi saillansonne, mais aussi citoyenne et journaliste. Et je sais, pour avoir couvert des élections pendant des années à voir le Front national faire des scores de plus en plus élevés, quelle sensation d'étouffement on peut ressentir. 

J'ai eu envie d'écrire ce livre parce que je me suis dit  : "Et si jamais cette aventure s'arrêtait ?" Je me suis dit qu'il fallait parler de ceux qui avait vécu cette aventure démocratique." [...]

Une expérience qui résonne avec le mouvement des "gilets jaunes"

MD : "Les "gilets jaunes", un mois après les débuts de leur mouvement, nous ont parlé de leur soif démocratique. Ils ont hurlé leur volonté de créer de nouveaux espaces démocratiques. C'est passé par le RIC (référendum d'initiative citoyenne), mais c'était bien au-delà. J'ai été très touchée par toutes ces femmes qui se sont mises à parler sur les ronds-points à Saillans.

Il y a six ans, une équipe de citoyens de Saillans s'est mobilisée contre l'ancien maire qui voulait un supermarché dans le village qui avait encore la chance d'avoir des commerces. Les gens se sont dit : 

Ce n'est plus possible ! C'est un modèle de société dont on ne veut plus !

Ils se sont battus et en un an et demi, ils ont gagné : le supermarché ne s'est pas installé. Ils se sont dit : "Maintenant, on est à un an des élections de 2014, que fait-on ?" Et ils ont réfléchi à une autre façon de faire de la politique, à une autre gouvernance. Ils ont vraiment placé les citoyens au centre et ils ont appliqué un fonctionnement beaucoup plus horizontal à la gestion communale.

Concrètement, ça veut dire la collégialité. C'était pour lutter contre la concentration des pouvoirs, pour essayer de ne pas reproduire ce que l'ancien maire avait fait : un type qui décide tout seul d'un projet politique absurde et arbitraire. 

Ces citoyens d'un genre nouveau ont mis en place un processus pour permettre aux gens de s'emparer des questions de leur commune

MD : "La démocratie participative, ça n'a pas été simple. Je pense même que c'est encore un peu lourd à porter aussi pour une petite commune de 1 300 habitants. Peut-être qu'un jour, ils en seront fiers, mais là, c'est encore délicat. Mais, ils ont réussi quand même à expérimenter quelque chose de nouveau, notamment le point d'orgue, ça a été la réforme du plan local d'urbanisme (PLU).

Les citoyens participatifs ont découvert que la participation n'allait être simplement demander la couleur des pots de fleurs aux gens du village, mais qu'on allait leur demander leur avis sur un texte qui décide de l'avenir de la commune dans les 15 à 20 ans à venir. 

Et là, les habitants engagés ont mis en place un système de tirage au sort pour obtenir un panel citoyen. Et il y a eu 12 citoyens qui ont travaillé pendant deux ans et qui ont été décisionnaires du texte final du PLU. Ils se sont fait aider par un collectif, une association qui s'appelle "La turbine à graines". Elle a organisé des visites du territoire, apporté des idées, organisé des balades dans le village avec des experts, prévu des lectures de cartes et des lectures de textes le soir à la mairie, pour que les gens s'emparent vraiment de ce texte très compliqué. 

Cela veut dire que si on met à la disposition des citoyens suffisamment d'informations pour pouvoir s'emparer d'un sujet et pour pouvoir ensuite décider, cela fonctionne.

Cela devrait être cela la participation, et pas une espèce de slogan largement utilisé par les partis politiques au moment des municipales. On demande aux citoyens, de voter tous les 6 ans. Et puis, entre les deux, il ne se passe rien."

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