Direction Septfonds dans le Tarn-et-Garonne où l'extension d'une porcherie industrielle sur le site mémoriel d'un camp d'internement de Républicains espagnols fait tache. Plusieurs centaines de personnes se sont réunies samedi 13 mars pour manifester.

Septfonds manif
Septfonds manif © Radio France / Antoine Chao

Depuis quelque temps, sur les marchés du Tarn-et-Garonne, surgissent des personnes affublées de masques de cochon qui entonnent à pleine voix les célèbres chants de la Guerre d’Espagne :

"En la plaza de mi pueblo dijo el jornalero al amo 

nuestros hijos nacerán con el puño levantado" *

Dans la commune de Septfonds a été construit en 1939 un camp de concentration, c’est la formule de l’époque, le gouvernement français y enferma les soldats du camp anti-franquiste arrivés en France après la victoire du dictateur. 16 000 de ces combattants furent parqués sur le camp de Judes de Septfonds en qualité d’« étrangers soumis à une surveillance spéciale, dans l’intérêt de l’ordre et de la sécurité publics ». Bon nombre y moururent de faim, de froid et de maladie. 

Certains furent ensuite dispersés dans des fermes, remplacèrent des ouvriers français dans des usines, des mines ; d’autres furent envoyés au Service du travail obligatoire en Allemagne ou rejoignirent les rangs de la Résistance. 

A partir de 1942, le camp de Septfonds servit à emprisonner 295 juifs, dont 26 enfants, raflés dans la région puis déportés à Auschwitz.

Septfonds 2021
Septfonds 2021 © Radio France / Antoine Chao

En 1971, une ferme s’installe sur le site du camp détruit en 1945, au milieu de quelques anciens baraquements couverts de ronces. En 1995, elle s’étend pour devenir un élevage de porcs, un élevage « moderne », cette fois, un millier de cochons sur caillebotis parqués dans des bâtiments. 

Les associations de mémoire juives et espagnoles s’indignent de cette superposition troublante : qu’on enferme des cochons sur le lieu même où ont été enfermés leurs aînés, qu’on fasse écho à la sombre histoire d’un camp par une pratique d’élevage précisément décriée comme « concentrationnaire ». 

Un accord est alors trouvé avec ces associations : l’exploitant leur fait don d’une parcelle de terrain à 500 m de là pour qu’on y érige un mémorial, en échange de quoi il construit la porcherie, avec ses 1000 places d’engraissement. Mais en 2018 la préfecture a autorisé le triplement de cet élevage. Une fois en fonctionnement, ses effectifs atteindront plus de 3000 cochons, soit 6500 à l’année… toujours sur l’ancien camp de concentration. Ce sera un des plus gros élevages intensifs du département. Et c’est désormais l’équivalent de 18 tonnes de lisier par jour qui seront déversées dans les alentours, les rivières seront polluées aux antibiotiques et aux nitrates à une échelle sans précédent. 

En 2019, le tribunal administratif de Toulouse a débouté les descendants de prisonniers espagnols du camp, qui demandaient l’annulation de l’autorisation de cette extension, au motif qu’ils « n’ont pas intérêt à agir », n’étant pas riverains de l’élevage. Il eût pourtant été étrange qu’ils choisissent d’élire domicile tout à côté de là où furent détenus leurs pères ! 

L’association MER 82, soutenue moralement et financièrement par l’État espagnol, a fait appel. Mais le ministère de l’Écologie, manifestement pas pressé que le jugement ait lieu, a été récemment mis en demeure par la justice de produire le mémoire en défense qui permettrait la tenue de cet appel. Dans l’intervalle, le GAEC du Saintou a construit les bâtiments de l’extension. Tout est prêt pour accueillir ces milliers de cochons, qui ne verront jamais le jour et jouiront d’un espace vital de 1 m² par tête. 

L’État français doit déjà assumer ses crimes historiques vis-à-vis de la résistance contre Franco. Celui de la non-intervention du gouvernement Daladier alors que l’Espagne servait de laboratoire de guerre aux armées fascistes européennes. Celui de l’internement forcé de quelque 300 000 hommes et femmes espagnols dans ces camps du Sud-Ouest, où ces familles furent séparées et privées de leurs droits. 

Emmanuel Macron s'est rendu à Montauban, pour une rencontre au sommet avec Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol, les deux chefs d’État se sont recueillis sur la tombe de Manuel Azaña, président de la République espagnole de 1936, mort en exil à Montauban en 1940, un an après la défaite contre Franco. A 30 km de là, le lisier de l'élevage intensif de porcs souille l'ancien camp d’internement des républicains espagnols. cf Celia Izoard-Reporterre

Reporterre -Manifestation contre l’élevage intensif, à Septfonds 

Chansons : La canaille du Midi

Avec la participation musicale de Faouzi et les tambours de Vaour 

Réalisation Charles De Cillia

*Sur la place de mon village, le travailleur a dit au patron/propriétaire Nos enfants naitront avec le poing levé !

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