Dans "Le Seigneur des Anneaux" de Tolkien, le Palantir est une pierre magique qui permet de voir partout, tout le temps. Dans le monde des hommes, Palantir est une entreprise qui ambitionne de voir partout, tout le temps, sans être vue.

"Palantir" :  des kits Minority Report pour flics anxieux
"Palantir" : des kits Minority Report pour flics anxieux

Palantir, c’est un peu le fantôme sulfureux de la Silicon Valley. Peter Thiel, son actionnaire principal, est l’éminence numérique de Donald Trump, une sorte de vampire reptilien qui s’est fait construire un abri anti-atomique tout équipé en Nouvelle-Zélande. Et puis la start-up qu’il couve a beau être valorisée à 20 milliards de dollars, personne ou presque ne la connaît. Peut-être parce qu’elle ne vend rien au grand public et qu’elle ne s’exprime jamais dans la presse. Ce que vend Palantir en revanche, ce sont des kits Minority Report pour flics anxieux

Cette semaine, dans une longue enquête publiée par le site américain The Verge, on apprend que l’entreprise équipe secrètement la police de La Nouvelle-Orléans depuis 2012. Le conseil municipal ignorait tout de cet accord et pour cause : c’est un arrangement purement “philantropique”. Plus précisément, la mairie a conclu un partenariat secret avec Palantir pour un logiciel de police prédictive.

Dans la quatrième ville la plus violente des Etats-Unis (si l’on se fie à son taux d’homicide volontaire), Palantir promet de croiser toutes sortes de données disparates afin de leur donner du sens. Dites-moi dans quel quartier vous vivez, donnez-moi une plaque d’immatriculation, trois liens familiaux et deux comptes Twitter, et je vous dirai qui est un criminel en puissance. En tout, l’entreprise a identifié 3900 personnes susceptibles d’être prises dans une fusillade, d’un côté ou de l’autre d’une arme à feu.

Alex Karp, PDG de Palantir, photographié lors de son arrivée à la Maison Blanche pour un entretien avec Donald Trump, en décembre 2014
Alex Karp, PDG de Palantir, photographié lors de son arrivée à la Maison Blanche pour un entretien avec Donald Trump, en décembre 2014 © AFP / Bryan R. Smith

La question-clé lorsqu’on parle de Palantir, c'est celle de son efficacité. L’entreprise californienne ingurgite d’immenses bases de données afin de prédire toutes sortes d’événements, qu’il s’agisse d’anticiper des catastrophes naturelles ou de débusquer des mines artisanales dans les montagnes afghanes. Mais comme l’activité de Palantir est protégée par un épais voile de mystère, que ses outils sont tous brevetés, difficile de se faire une idée précise de l’efficacité des produits qu’ils vendent. 

A la Nouvelle-Orléans, plusieurs personnalités de la société civile s’inquiètent tout de même des effets indésirables de ce type de dispositif, susceptible de transformer n’importe qui en suspect parce qu’il n’a pas la bonne couleur de peau ou vit dans le mauvais voisinage. Un avocat va même jusqu’à dire que la ville a construit sa version miniature de la NSA, du nom de l’agence de renseignement américaine déshabillée par Edward Snowden en 2013.

Mais Palantir ne se limite pas aux Etats-Unis, financée par le fonds d’investissement de la CIA à ses débuts en 2004, Palantir s’est largement exportée. Pour ce qui nous concerne, à l’été 2016, l’entreprise a signé un contrat avec la DGSI, notre direction générale de la sécurité intérieure. Objectif : traquer les “signaux faibles” de la lutte antiterroriste et donner du sens aux kilos de données informatiques sur lesquels sont assis nos services de renseignement. 

Palantir, finalement, c’est un peu la drogue dure des gouvernements connectés.

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