Facebook est encore embourbé dans le scandale Cambridge Analytica, hier Mark Zuckerberg estimait que 87 millions d’utilisateurs avaient pu voir leurs données fuiter. Il n'y a pas si longtemps, Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, était un sympathique entrepreneur de la Silicon Valley, admiré pour sa réussite.

Mark Zuckerberg, fondateur et patron de Facebook
Mark Zuckerberg, fondateur et patron de Facebook © AFP / Jim Watson

Par Martin Untersinger 

Aujourd'hui, il doit amèrement regretter cette époque bénie où la principale critique qu'il devait essuyer portait sur ses tenues vestimentaires, et leur banalité confondante. Désormais, les conséquences néfastes de son entreprise dans la société sont évidentes et font les gros titres. De la propagation de fausses informations, à l'ingérence dans les élections, en passant par le terrorisme, le racisme ou les fuites de données personnelles. Voici quelques exemples des nombreuses critiques qui se sont abattues sur le réseau social ces derniers mois. 

Autrement dit, on commence enfin à se rendre compte que le réseau social n'est pas une entreprise comme les autres. Et c'est finalement normal : Facebook compte deux milliards de membres, plus qu'aucun groupe humain dans l'histoire, nations y compris.

Facebook peut-il alors être considéré comme un Etat, et Zuckerberg comme un chef d'Etat ? 

Sans doute pas, mais tout de même. Quel PDG se lancerait dans une tournée des Etats-Unis digne des meilleures campagnes présidentielles, comme l'a fait Zuckerberg ? Quel PDG voudrait créer "l'infrastructure sociale pour créer une communauté globale" ? C'est pourtant l'objectif revendiqué officiellement par Zuckerberg. 

Mark Zuckerberg est le seul PDG à qui l'on demande ce qu'il a prévu pour protéger les élections dans le monde entier, le seul à qui l'on demande des comptes sur le rôle de son outil dans le nettoyage ethnique en Birmanie, le seul à qui l'on reproche d'avoir favorisé le terrorisme, le seul qui est placé dans une position de décider ce qu'un individu a le droit de dire ou non dans le nouvel espace public qu'est devenu son entreprise.

Au-delà de Facebook, les autres colosses technologiques colonisent tous les pans de la société, bien au-delà de l'économie : recherche, transport, innovation, sécurité. 

Dans tous ces domaines, ils concurrencent les États. Ces derniers répliquent : des deux côtés de l'Atlantique, la pression politique n'a jamais été aussi forte et les Etats sont engagés dans un bras de fer pour conserver leur autorité et réguler ces géants. 

Un seul exemple tout récent : hier soir le ministère des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a exigé que les grandes plateformes numériques luttent avec les Etats contre les opérations de propagande et de manipulation des élections. En moins de quinze ans, Zuckerberg est ainsi passé du dortoir de l'université d'Harvard au Congrès américain, où il devra s'expliquer dans quelques jours. Ce n'est peut-être pas plus mal.

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