Sorti il y a deux jours, Super Seducer se présente comme LE simulateur de séduction le plus réaliste au monde. Un jeu vidéo qui, dans le contexte de l'affaire Weinstein, passe très mal.

Quand le joueur répond correctement, Richard La Ruina apparaît entouré de deux jeunes femmes dénudées
Quand le joueur répond correctement, Richard La Ruina apparaît entouré de deux jeunes femmes dénudées © Super Seducer

"Un jeu d'action en direct qui te met dans les situations de tous les jours (cafétéria, bureau, bar) et te permet de choisir comment te comporter et voir comment les femmes réagissen", voilà comment se présente le jeu . Après tout, si le jeu vidéo peut permettre à ces messieurs d'être un peu plus subtiles et respectueux dans leur approche, pourquoi pas? Sauf que l'on déchante rapidement

Je vous parle d'un jeu mais n'imaginez pas de personnages pixelisés, il s'agit de vraies séquences tournées avec des actrices et Richard La Ruina. Richard La Ruina est l'auteur de ce jeu vidéo, il est aussi notre coach et celui qui joue dans toutes les scènes. C'est ce qu'on appelle un "pick up artiste", un artiste de la drague et auteur apparemment à succès d'un livre sur la séduction. Avec sa barbe, ses cheveux au carré, et sa petite chemise prêt du corps, il fait penser à Frank T. J. Mackey, le personnage de Tom Cruise dans Magnolia. 

Première épreuve 

Arrêter une jeune femme qui marche court vêtue dans la rue. La scène s'arrête et six choix s'offrent aux joueurs : Siffler, faire semblant d'être aveugle, ou encore l'approcher doucement sur le côté. Ce dernier choix n'est pas le bon comme l'explique seul sur un lit notre nouveau mentor Richard : "Il ne faut pas que la jeune femme ait la possibilité de s'échapper trop facilement".

Je précise qu'il est seul parce le joueur a perdu. Lorsqu'il fait les "bons choix" et bien "le Jésus de la drague" se retrouve entouré de deux jeunes femmes allongées lascivement à côté de lui en sous vêtements. Le principe est toujours le même avec une situation différente : on importune, pardon on drague, des jeunes femmes dans un café, un bar, une discothèque, au travail.

Dans ce jeu, le joueur doit choisir parmi plusieurs réponses, des plus softs aux plus salaces.
Dans ce jeu, le joueur doit choisir parmi plusieurs réponses, des plus softs aux plus salaces. / SuperSeducer

Comble du malsain 

Le jeu offre la possibilité de faire des remarques salaces à ces jeunes femmes, bien entendu on perd et derrière le coach nous explique pourquoi c'est mal de parler aussi crûment. Mais on ne comprend pas l'intérêt si ce n'est de dire gratuitement des horreurs aux femmes. D'autant plus malsain qu'il s'agit de vraies séquences filmées avec de vraies personnes. 

Dans le contexte de l'affaire Weinstein et du mouvement #MeToo,  c'est à se demander si ce jeu vidéo ne fait pas un peu volontairement de la provocation. Richard La Ruina se défend en disant qu'au contraire avec cette affaire les hommes sont perdus et savent encore moins comment aborder les femmes et que son jeu est là pour les aider. Sauf qu'à aucun moment, le joueur n'est amené à se poser les questions soulevées ces derniers mois: les notions de respect, de consentement de la femme. Il se contente d'être un guide de manipulation ultra sexiste et plein de clichés.

La plateforme de financement participatif Kickstarter a, en septembre dernier, refusé que le projet soit présent sur son site. Sony a fini mardi par ne pas diffuser le jeu sur son magasin en ligne, ce qui n'est pas le cas de Steam. 

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