La Commission Fédérale des Communications (FCC) a publié hier un texte qui met fin à l'un des fondements d'Internet. Il permettra aux opérateurs de télécommunication américains de faire payer les sites trop gourmands ou bloquer les services concurrents des leurs.

Manifestation pour maintenir la neutralité du net
Manifestation pour maintenir la neutralité du net © AFP / CHIP SOMODEVILLA

Le principe de la neutralité du Net est qu'un internaute doit pouvoir accéder à n'importe quel site de la même façon. Son opérateur Télécom ne doit favoriser l'accès à aucun site, application, ou service spécifique. Ce qui n'est pas vraiment du goût de Verizon, AT&T et Comcast pour citer les plus gros. Depuis des années, ils poussent pour pouvoir gérer leur réseau comme ils l'entendent et notamment faire payer les sites trop gourmands en internet ou bloquer les services concurrents des leurs. 

Une longue histoire aux Etats-Unis.  

On ne s'étendra pas sur les quinze années d'épisodes précédents mais après de longs débats et rebondissements judiciaires, la FCC a adopté en 2015 sous l'administration de Barack Obama un texte reconnaissant internet comme un bien public. Texte qui obligeait les Fournisseurs d'Accès à Internet américains à respecter cette neutralité. Entre temps, Donald Trump a été élu et a nommé un nouveau président à la FCC. Et aussitôt installé, Ajit Pai a placé la neutralité d'internet dans son viseur et tout détricoté. 

Selon lui, il s'agit d'une "lourde réglementation" qui empêche les opérateurs télécom de se développer et faire des investissements. Petite précision : Ajit Pai a travaillé comme avocat chez Verizon pendant deux ans au début des années 2000. Hier, la FCC a donc présenté ce texte qui supprime la neutralité sur internet. La texte s'appelle "Restaurer la liberté d'internet". C'est tout l'inverse déplore les défenseurs des droits et des consommateurs mais aussi une grande partie des entreprises du numérique.

Une victoire pour les opérateurs télécom

Avec cette nouvelle règle, les fournisseurs d'accès à internet auront le droit de privilégier un site plutôt qu'un autre. Par exemple : donner une très bonne connexion à Netflix parce que ce dernier lui aura signé un chèque avec plein de 0 ou à l'inverse le dégrader parce que la plateforme de vidéo aura refusé de payer.  Cela pourra être plus insidieux aussi : les grands opérateurs télécom étant souvent propriétaires de média, de services ils auront la possibilité de privilégier telle plateforme de vidéo ou telle application qui leur appartient et de la même façon ralentir le débit ou même empêcher l'accès à une application d'un concurrent. Seule obligation pour les opérateurs : signaler publiquement ces limitations ou ces accords.

Un internet à la carte ?

Pour les internautes, le danger est que l'accès à Internet coûte plus cher. Imaginez un système qui marcherait un peu comme des chaînes du câble :  l'internaute payera un abonnement de base à 50 dollars pour un accès à internet mais pas tout l'internet. S'il veut accéder à Facebook, Snapchat, Instagram cela lui coûtera 10 dollars de plus, accéder à YouTube ou jouer en ligne, encore 25 dollars supplémentaires. Beaucoup d'internautes américains se sont mobilisés sur les réseaux sociaux mais sans grand espoir. Le texte a en effet très peu de chance de ne pas être adopté le 14 décembre prochain.

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.