Non, Mark Zuckerberg ne nous écrit pas depuis son chalet au ski. C’est une affaire beaucoup plus sérieuse : Facebook s’apprête à mettre en place un dispositif assez artisanal d’envoi de cartes postales, afin de vérifier l’identité des individus qui achètent des publicités politiques sur la plateforme.

Facebook, merci d'être passé
Facebook, merci d'être passé © Radio France / Léa Minod

Par Olivier Tesquet.

Une fois le courrier reçu, l’annonceur devra entrer un code à usage unique sur Internet, pour prouver qu’il réside bel et bien aux États-Unis, car c’est là-bas que l’initiative est déployée.

Il y a dix jours, le procureur spécial Robert Mueller a officiellement inculpé 13 ressortissants russes dans l’enquête sur l’ingérence du Kremlin dans l’élection présidentielle américaine, ce feuilleton d’espionnage qui passionne les médias outre-Atlantique. Tous sont liés à une officine énigmatique, l’Internet Research Agency. Ces dernières années, cette entreprise basée à Saint-Pétersbourg aurait délibérément cherché à déstabiliser l’opinion publique américaine. 

En organisant de fausses manifestations, ou en publiant des contenus viraux sur le web, appelant par exemple à la fermeture des frontières. Et pour allumer la mèche, cette agence a acheté de fausses publicités sur Facebook. En usurpant l’identité de citoyens américains grâce à leur code de sécurité sociale, ils ont ainsi pu faire la promotion d’activistes factices et de militants bidon. Objectif final : faire élire Donald Trump.

Pour Facebook, c'est surtout un moyen de répondre aux critiques. Plus une semaine ne s’écoule sans qu’un magazine n’égratigne Mark Zuckerberg en couverture. Juste après l’élection de Trump, quand on lui demandait si son site avait pu aider l’outsider républicain, le patron de Facebook évacuait ces accusations d’un revers de la main. Avant de se raviser quelques mois plus tard. En octobre dernier, le directeur juridique de la plateforme a été auditionné au Sénat à Washington, tout comme ses homologues de Google et Twitter. En tout, 126 millions d’Américains auraient été exposés aux fausses publicités payées par la Russie. Cela fait beaucoup, et c’est beaucoup trop pour le sénateur démocrate Al Franken, qui a démoli le représentant du réseau social lors de cette audition :

Comment Facebook, qui s'enorgueillit de pouvoir traiter des milliards de données et sait les calibrer pour ses utilisateurs, n’a pas su repérer des publicités électorales payées en roubles depuis la Russie ? Ce sont deux données ! Comment avez-vous fait pour ne pas relier ces deux points ?!

Bien plus que l’interminable débat autour de l’épidémie de “fake news”, dont on nous parle à toutes les sauces, c’est cette question des fausses réclames qui a empoisonné la vie de Facebook en 2017. La preuve : sur ce point, les dirigeants du premier réseau social du monde n’ont jamais été aussi proches de s’excuser. Ce qu’ils ne font pour ainsi dire jamais. Et cet embarras est on ne peut plus logique. Aujourd’hui, Facebook est une des plus grosses régies publicitaires de la planète, et à ce titre, l’entreprise détient un pouvoir considérable. 

Qu’adviendrait-il du futur de la plateforme si elle pouvait systématiquement être utilisée par des puissances étrangères à des fins d’influence et de manipulation ? Alors “les cartes postales ne résoudront pas tout”, a insisté Katie Harbath, en charge des questions politiques chez Facebook, mais c’est tout de même un gage de bonne volonté à l’attention du législateur américain. On pourra voir si le remède est efficace et surveiller les boîtes aux lettres dès le mois de novembre, pour les élections sénatoriales. 

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