C’est une évidence géographique, l’Empire du Milieu est difficile à contourner. Et cela vaut notamment pour Apple. Pour se mettre en conformité avec une nouvelle législation locale, l’entreprise va désormais stocker les données iCloud de ses utilisateurs chinois en Chine.

iCloud
iCloud © Getty / Krisztian Bocsi/Bloomberg

Pas à Taïwan, pas à Macao, pas à Hong-Kong : en Chine. Si vous possédez un appareil de la firme californienne, iCloud, c’est le service utilisé par Apple pour garder au chaud vos informations personnelles. Désormais, Pékin n’aura plus à demander l’autorisation des autorités américaines pour accéder aux messages, e-mails et autres photos disséminées dans les nuages.

Les défenseurs des droits de l’homme sont inquiets 

Évidemment, dans un pays où Internet est déjà sous très haute surveillance, où bon nombre d’applications occidentales sont régulièrement bloquées, où des milliers de sites sont sur liste noire, la pilule a un peu de mal à passer. D’autant plus qu’il existe un précédent. En 2005, un journaliste chinois, Shi Tao, a été condamné à dix ans de prison pour “divulgation de secrets d’État à l’étranger”. 

Son crime ? Depuis son adresse Yahoo, il avait transmis un mémo du gouvernement sur la non-commémoration du massacre de Tian’anmen à des contacts américains. Or, en bon auxiliaire de police, Yahoo s’était à l’époque empressé de coopérer avec les autorités chinoises, n’hésitant pas à leur communiquer des éléments compromettants pour le journaliste. A l’époque, ce zèle leur avait valu un déluge de critiques, y compris aux Etats-Unis.

Et comme si cet épisode de sinistre mémoire ne suffisait pas, l’administration des données iCloud va être confiée à un partenaire local, Guizhou qui, malgré son nom à la sonorité sympathique, est directement financé par le gouvernement. Si vous ajoutez à cela le fait que la procédure chinoise se passe volontiers de mandats, il y a de quoi vous dissuader d’utiliser un iPhone à Shanghai ou à Canton.

Les esprits légalistes et peu regardants sur la liberté d’expression diront qu’Apple ne fait que respecter les réglementations locales. Certes. En retour, on pourra rétorquer que la firme à la pomme respecte tout de même plus facilement les lois chinoises que les lois françaises. Sur la fiscalité, à tout hasard. 

La Chine, un marché lucratif

Si Apple garde le doigt sur la couture du pantalon, c’est parce que la Chine est un marché éminemment lucratif, où les entreprises du crû entendent bien se faire une place au soleil. 

Souvenons-nous de l’exemple Google : après avoir lancé sa version chinoise en acceptant de signer un code de bonne conduite avec Pékin en 2006, l’ogre californien avait exprimé des remords quatre ans plus tard, d’abord en ne censurant plus les résultats de recherche, puis en quittant le pays pour se réfugier à Hong-Kong. Avant de revenir sur la pointe des pieds il y a quelques mois, en annonçant la création d’un vaste centre de recherche sur l’intelligence artificielle. Business is business, surtout quand vous sentez le souffle chaud de la concurrence sur votre nuque.

Mais au-delà de toutes ces considérations purement économiques, la morale de cette histoire, c’est que la souveraineté numérique ne se réclame pas, elle se prend. Tandis que l’Europe demande poliment aux plateformes américaines de ne pas faire n’importe quoi avec nos données depuis de longues années, la Chine vient de le démontrer : le coup de force paie.

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