Jocelyne Jean-Claude a 76 ans, quatre enfants et autant de petits-enfants. Elle est retraitée et vit dans le midi. La chanson d'Anne Sylvestre "J'aime les gens qui doutent" est, dit-elle, une chanson essentielle dans sa vie. Elle lui a permis d'assumer ses contractions.

Jocelyne (© Radio France) et Anne Sylvestre
Jocelyne (© Radio France) et Anne Sylvestre © Getty

Jocelyne Jean-Claude a eu deux maris ainsi que deux métiers. Pendant une quinzaine d'années, elle a été institutrice. Elle s’occupait des CP. Ensuite, elle a entamé des études de physique et elle devenue technicienne dans la Marine, acousticienne spécialisée dans les signaux sonores des sous-marins. 

Jocelyne Jean-Claude a toujours écouté Anne Sylvestre. Elle l’a vue en concert à plusieurs reprises. 

Elle dit que ses enfants ont été bercés aux Fabulettes, et qu’elle-même a été marquée par ses textes engagés et féministes, textes contre le viol et pour le droit à l’avortement. Jocelyne a été bénévole au planning familial. Mais la chanson qui a le plus compté pour elle, c’est donc J’aime les gens qui doutent. Elle se rappelle précisément le moment où elle est sortie.

"Je me souviens, c'était en 1977. J'étais dans une période où je vivais dans un monde où les gens vivaient de certitudes et moi, j'étais un peu à côté de mes godasses, comme elle dit dans la chanson. "

Quand j'ai entendu la chanson, je me suis retrouvée tout de suite. J'avais l'impression qu'on faisait mon portrait.

Quand vous dîtes que vous étiez "à côté de vos godasses", ça signifie que vous étiez dans une situation familiale ou professionnelle compliquée ? 

"Tout ! J'étais en train de divorcer d'un premier mari et puis j'étais en train de quitter une profession pour en prendre une autre. J'adorais enseigner, mais j'avais des problèmes. J'adorais mes enfants, mais je leur en voulais du temps qu'ils me prenaient." 

J'ai vraiment eu l'impression que j'étais pas à ma place dans le monde où j'étais, et cette chanson m'a fait comprendre qu'en fait, j'aimais me poser des questions tout le temps. 

"Je n'aimais pas que les décisions soient prises, donc j'ai eu à cette période-là, avec cette chanson-là, beaucoup de changements dans ma vie et dans ma façon de me voir."

Est-ce qu'aujourd'hui, vous continuez de douter ? 

"Oh oui, ça fait partie de ma façon de vivre."

La vie, les choses, les relations, tout peut être chamboulé du jour au lendemain. Rien n'est établi. Rien n'est encadré.

Est-ce que c'est une chanson que vous avez fait écouter à d'autres ? 

"Mes enfants l'ont beaucoup subie, disent-ils... Mais je tenais beaucoup à leur faire écouter parce que je ne voulais pas qu'ils entrent dans un monde de certitudes."

La certitude, pour moi, c'est un mot ennemi.

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