Rediffusion

Danser avec David, c’était comme respirer de bonnes nouvelles. Etre tout contre lui, le visage enfoui entre son oreille et son col droit d’officier, c’était comme pénétrer dans les réserves souterraines d’un luxueux magasin de soieries exhalant les parfums caractéristiques de la batiste, du lin et du luxe en balles.

  • Dites « chéri ».

  • Non.

  • Vous m’aimez. Pourquoi refusez-vous ?

  • Parce que je ne dis jamais rien à personne. Je ne parle pas.

  • Pourquoi ne voulez-vous pas me parler à moi ?

  • Ça gâche tout. Dites-moi que vous m’aimez.

  • Oh ! Je vous aime. M’aimez-vous ?

Elle aimait tant cet homme, elle se sentait tellement proche de lui que sa vision en était déformée, comme si elle avait pressé son nez sur un miroir en essayant de se regarder dans ses propres yeux. Elle sentait les lignes de son cou et son profil sculpté comme des bouffées de vent qui auraient balayé sa lucidité. Elle se sentait toute petite et extatique. Alabama était amoureuse.

F. S. Fitzgerald La Pléiade Gallimard
F. S. Fitzgerald La Pléiade Gallimard © Radio France

C’est ainsi que se rencontrent, en 1917, dans un bal de garnison, une belle et exubérante jeune fille du Sud des Etats-Unis, et un jeune officier du Middle West bientôt démobilisé. Ils deviendront l’un des couples les plus célèbres de la littérature américaine des années 1920 : Zelda et Francis Scott Fitzgerald.

C’est tardivement, en 1932, entre deux séjours en clinique psychiatrique, que Zelda publie son unique roman, Accordez-moi cette valse , où elle raconte cette scène de leur rencontre, et sa propre version de leur histoire tumultueuse. Danseuse, peintre, écrivain, Zelda souffre de vivre à l’ombre de son mari, qui travaille, à la même époque, à son futur chef d’œuvre : Tendre est la nuit , qui sera publié en 1934.

Ce soir, en ouverture de cette 4e saison de « ça peut pas faire de mal », nous consacrons notre première émission de la rentrée au grand écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, à l’occasion de sa publication dans la prestigieuse collection de la Pléiade, le 20 septembre prochain, dans une nouvelle traduction dirigée par Philippe Jaworski.

Nous évoquerons l’œuvre de cet enfant terrible de « l’âge du Jazz », né en 1896 et devenu le symbole des années folles. Ruiné et oublié, il finit sa vie comme scénariste à Hollywood, où il meurt en 1940, à l’âge de 44 ans. Mais revenons aux années de gloire, et redécouvrons le couple mythique des Fitzgerald, emblème de la « Génération perdue » des écrivains américains exilés en France, comme Ernest Hemingway, qu’ils fréquentent entre Paris et la Côte d’Azur, avant que ne « sonne le glas » de la Crise de 1929…

Avec les extraits suivants :

  1. Exergue : Zelda FITZGERALD, "Accordez-moi cette valse" , éditions Robert Laffont, 1973, trad. Jacqueline REMILLET

  2. Autoportrait de Francis Scott FITZGERALD : extrait de "L'Envers du paradis" , Gallimard, 1964, trad. Suzanne MAYOUX

  3. Portrait de Zelda : second extrait de "L'Envers du paradis" , Gallimard, 1964, trad. Suzanne MAYOUX

  4. L’insouciance des années folles : extrait de "Gatsby le magnifique" , Gallimard 2012, trad. Philippe JAWORSKI

  5. Grandeur et décadence : extrait de "Tendre est la nuit" , éditions Belfond, 1985, trad. Jacques TOURNIER

  6. La chute : extrait de "L'Effondrement" , Payot et Rivages, 2011, trad. Elise ARGAUD

  7. Conclusion : extraits de "Lettres" , Gallimard , 1965, trad. J. et L. Breant

Avec les voix de Philippe SOUPAULT , Gilles LEROY, Scottie FITZGERALD(Archives INA)

Programmation musicale :

-CATHERINE WIMPHEN : "How good it could"-BILL ATHERTON : "What'll i do" (extrait de la BO de "Gatsby le magnifique")

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