Ce soir, nous vous invitons à redécouvrir L'Eloge de la Folie, d'Erasme, un plaidoyer contre les fanatismes religieux et politiques. Rediffusion de l'émission du 1er mars 2014

La nature n’a pas traité avec prodigalité cet homme riche en intelligence, elle ne l’a pourvu que d’une faible dose de vitalité et de vigueur, d’un petit corps fluet surmonté d’une tête étroite ; ses mains anémiques ont la transparence de l’albâtre ; ses yeux sont trop petits et leur regard est voilé malgré leur intensité lumineuse. On se représente difficilement ce jeune savant montant à cheval, nageant, faisant des armes, badinant avec les femmes ou leur faisant la cour, assailli par le vent et la tempête, parlant haut et riant aux éclats. Cette fine figure de moine, un peu desséchée, fait tout de suite penser à des fenêtres fermées, à la poussière des livres, à des journées d’étude et à des nuits de veille ; aucune chaleur, aucune énergie ne se dégage de ce visage d’acète laborieux. C’est le visage d’un homme dont la vie n’est pas dans le corps mais dans la pensée.

Parfois, cependant, un rayon de bonne humeur vient adoucir pendant un moment le regard froid et résigné du sage ; alors il sourit, et ce sourire répand sur le monde une ironique clarté. On était en 1509. Erasme traversait les Alpes, il revenait d’Italie. Erasme l’érudit, l’ami des livres, était en selle. Par un heureux hasard, il n’emportait pas avec lui son bagage philosophique, les codices et les parchemins qui excitaient d’ordinaire sa curiosité. Son esprit était aussi libre que l’air pur qu’il respirait, il se sentait l’âme légère et badine ; c’est alors qu’une idée, ravissante comme un papillon multicolore, lui traversa l’esprit et il la rapporta avec lui de cet heureux voyage. A peine arrivé en Angleterre, dans la claire et intime maison de campagne de Thomas More, il jette sur le papier cette satire destinée à égayer ses amis et à laquelle il donne comme titre, en l’honneur de son hôte : « Enconium Moriae », ce qu’on ne saurait mieux traduire que par « Eloge de la Folie ».

Eloge de la folie, d'Erasme (Babel, 2001)
Eloge de la folie, d'Erasme (Babel, 2001) © Radio France

Ainsi se présente l’un des plus illustres penseurs du XVIe siècle, contemporain de Machiavel et de Montaigne, sous la plume d’un autre grand écrivain, particulièrement sensible à la cause humaniste : il s’agit de Stefan Zwei g, qui signe, en 1935, dans l’inquiétude de l’entre-deux-guerres, cette biographie d’Erasme , où il salue l’esprit pacifiste du savant, défenseur d’une véritable culture européenne.

Ce soir, à l’invitation de Stefan Zweig, découvrons ce texte « impertinent et jeune » qui a su traverser les siècles… Parcourons quelques pages de cet Eloge de la Folie , chef d’œuvre de la liberté d’expression contre les fanatismes religieux et politiques, à une époque où toute vérité n’est pas bonne à dire : la Renaissance, période marquée à la fois par la Découverte du Nouveau Monde et par les procès de l’Inquisition…

Extraits de la traduction de Claude Barousse aux éditions Babel .

Programmation musicale :

Maman est folle de William Sheller

Le regard de Vincent de Romain DIDIER

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