Rediffusion

Là, vous vous retournez et, abaissant vos regards, vous embrassez tout le Yoknapatawpha qui s'étend à vos pieds aux derniers feux du jour. Et vous demeurez là, maître et seigneur solitaire, dominant la somme enitère de votre vie. Comme le Seigneur au-dessus de Bethléem, vous planez en cet instant au-dessus de votre berceau, des hommes et des femmes qui vous ont fait ce que vous êtes, de ces archives, de ces chroniques de votre terre natale offertes à votre examen en mille cercles concentriques pareils à ceux qui rident l'eau vive sous laquelle votre passé dort d'un sommeil sans rêves; vous trônez alors, inaccessible et serein, au-dessus de ce microcosme des passions, des espoirs et des malheurs de l'homme : ambitions, terreurs, apétits, courage, abnégation, pitié, honneur, orgueil et péché, tout cela lié pêle-mêle en un réseau précaire, retenu par la trame et par la chaîne du frêle réseau de fer de sa rapacité, mais tout cela aussi voué à la réalisation de ses rêves.

C'était un extrait de La Ville , l'un des derniers romans de William Faulkner publiés de son vivant, en 1957. Gavin Stevens, l'un des personnages du livre, contemple ici le Yoknapatawpha, comté imaginaire au nom imprononçable, un monde à part où grouillent toutes les légendes et les histoires de son créateur...

William Faulkner en 1949
William Faulkner en 1949 © Fondation Nobel

Ce territoire prend ses racines au coeur du Mississipi, terre natale de Faulkner, qui abrite sa petite "comédie humaine" à lui. Car s'il y a bien un auteur qui l'a inspiré durant toute sa carrière, c'est bien Balzac. Comme lui, il voulait dresser le portrait d'une société, avec ses caractères, ses habitudes, ses langages et ses secrets.

Il écrira dix-neuf romans, des dizaines de nouvelles, quelques poèmes méconnus, un peu de théâtre et surtout de nombreux scénarios pour Hollywood, un eldorado qui restera pendant des années son gagne-pain.

Découvrons ce soir son oeuvre unique, réputée obscure, qui explore les méandres de l'âme humaine. De Sanctuaire auxCroquis de la nouvelle Orléans , en passant par Le Bruit et la fureur , et Une Rose pour Emily : petit tour d'horizon de celui qui fut couronné par le Nobel en 1950, en compagnie d'un comédien et ami, Alexandre Pavloff ...

Avec les extraits suivants

(Collection Pléiade, Gallimard, 1977-2000, sous la direction de Michel Gresset, André Bleikasten, François Pitavy et Jacques Pothier, traductions de Maurice-Edgar Coindreau, Henri Delgove et R.-N. Raimbault) :

  1. Le Faune de marbre (1924)

  2. Le Bruit et la fureur (1929)

  3. Sanctuaire (1931)

  4. Tandis que j'agonise (1930)

  5. Une Rose pour Emily , extrait du recueil de nouvelles Treize histoires (1931)__

  6. Discours de réception du Prix Nobel (1950)

Avec les voix de William Faulkner, Pierre Michon, Vearl Pennington (Archives INA)

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