« Bien sûr, on peut détourner le regard. Perdre son objet. Le laisser s’écarter, flotter, disparaître – un simple mouvement des yeux suffit. Bien sûr, on peut ne pas regarder un pays ; ne pas savoir où il se trouve ; soupirer à l’évocation répétitive d’un nom malheureux. On peut même décider que ce qui a eu lieu est incompréhensible et inhumain. Alors, on détourne le regard. C’est une liberté universelle. Se dire qu’une autre image chassera celle-ci ; que les mots peuvent être remplacés, ou effacés.

C’est par ces mots bouleversants que le réalisateur Rithy Panh dénonce le génocide commis par le régime Khmer rouge de Pol Pot, au Cambodge, au milieu des années 1970, qui a fait 1,7 million de victimes, dans un livre poignant paru début 2012 aux éditions Grasset : L’Elimination , co-écrit avec le romancier Christophe Bataille.

Photos DP 2  film Rithy Panh "Duch, maitre des forges..."
Photos DP 2 film Rithy Panh "Duch, maitre des forges..." © Les Acacias

En 2003, Rithy Panh s’est fait connaître du grand public avec un documentaire-choc sur la prison centrale de Phnom Penh, où ont été torturées et exécutées plus de 12000 personnes entre 1975 et 1979 : le film, intitulé S21, La machine de mort khmère rouge , a été récompensé dans les plus grands festivals de cinéma, dont le Festival de Cannes.

Après avoir donné la parole aux rares survivants -victimes et tortionnaires- de S21, Rithy Panh entreprend de réaliser un portrait de Duch, le directeur de la prison, absent de son premier documentaire. Après 1979, celui-ci a changé d’identité, s’est converti au christianisme ; il a enseigné en Chine et travaillé pour une ONG au Cambodge, où il a été reconnu par un journaliste étranger. Arrêté en 1999, jugé en 2010 par le Tribunal Pénal International, il est condamné une première fois à 35 ans de réclusion. Duch fait appel. En attendant la reprise de son procès, il accorde une série d’entretiens à Rithy Panh. Le 3 février dernier, Duch a été condamné à perpétuité pour crimes contre l’humanité.Dans L’Elimination, le réalisateur raconte comment il a vécu ces entretiens qui ont duré trois ans, et qui constituent le matériau de son dernier film : Duch, le maître des forges de l’enfer. Dans ce récit émouvant jusqu’à l’insoutenable, il raconte les scènes de tortures commises sous la responsabilité du bourreau : les électrocutions, les viols, les assassinats d’enfants, les vivisections, les exécutions nocturnes au bord des fosses communes... Le réalisateur évoque aussi son histoire personnelle ; il raconte comment sa propre famille a été décimée en quatre ans de terreur khmère rouge.Ce soir, parcourons ce livre-confession, digne des plus grands témoignages de l’Histoire du XXe siècle, aux côtés de Primo Levi et Claude Lanzmann. Découvrons, à travers les souvenirs d’un adolescent de treize ans confronté à la barbarie, le combat d’un homme d’aujourd’hui pour la mémoire et la dignité de son peuple... en compagnie d’une magnifique actrice, et grande admiratrice de l’œuvre de Rithy Panh : bonsoir, Sandrine Bonnaire…

Avec la voix de Rithy Panh __ (archives INA)

Programmation musicale :

RAPHAEL IMBERT PROJECT : "He nevuh said a mumbalin word"SARATH HUN : "Phom penh lullaby"

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