A l’occasion de cette nouvelle année, rêvons avec Marcel Aymé d’un monde plus ouvert où la fantaisie l’emporte sur la noirceur humaine et sur le cynisme.

Photo non datée de l'écrivain et dramaturge Marcel Aymé.
Photo non datée de l'écrivain et dramaturge Marcel Aymé. © AFP / STF

Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75 bis de la rue d'Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. Il portait un binocle, une petite barbiche noire, et il était employé de troisième classe au ministère de l'Enregistrement. Cette étrange faculté, qui semblait ne répondre à aucune de ses aspirations, ne laissa pas de le contrarier un peu. Il alla donc trouver un médecin pour lui exposer son cas. Le docteur put se convaincre qu'il disait vrai et, après examen, découvrit la cause du mal dans un durcissement hélicoïdal de la paroi strangulaire du corps thyroïde...

C’est avec le personnage surréaliste du Passe-Muraille, parmi les plus célèbres nés de sa plume, que nous ouvrons cette émission dédiée au nouvelliste Marcel Aymé. Le lire, c’est plonger dans un univers à la fois très ancré dans le réel et totalement fantaisiste, un univers entre humour noir et poésie

Cocteau :  chez lui on entre dans le fantastique comme dans un café .

Auteur d’une œuvre prolifique constituée de contes et nouvelles, de romans, de pièces de théâtre, de scénarios et de chansons, Marcel Aymé doit sa célébrité aux réjouissants Contes du chat perché. Né en 1902 dans un milieu rural et mort en 1967, il entame des études d’ingénieur, s’essaie à de nombreux métiers avant de trouver sa voie, l’écriture. Installé à Paris dans le quartier (alors) populaire de Montmartre, il fréquente assidûment les cafés, attentif au petit monde qui l’entoure.  Souvent qualifié de moraliste, cet humaniste qui racontait son époque avec une grande lucidité, fut adapté à de multiples reprises au cinéma. Car sous sa plume corrosive, la bêtise humaine prête à rire et nous donne à penser. Mais il célèbre aussi l’amour, la solidarité et la liberté, lui, qui à l’image du Passes-muraille, échappa toute sa vie aux cadres trop étroits, défendant chèrement son indépendance d’esprit. 

Les six nouvelles que nous vous proposons d’entendre ont été écrites pendant la Seconde guerre mondiale sous l’occupation. D’où, peut-être,  le recours au fantastique pour échapper à la violence du monde, en imaginant changer de corps, d’identité ou de lieu...  

A l’occasion de cette nouvelle année, rêvons avec Marcel Aymé d’un monde plus ouvert où la fantaisie l’emporte sur la noirceur humaine. 

La Bande originale de l'émission :

  • "Ne tirez pas sur le diable", Guy Béart
  • "Chanson pour Marcel",  Marcel Mouloudji
  • "Je suis devenu la bonne", Thomas Fersen

ARCHIVES et extraits de FILMS :

  • Garou Garou, le passe-muraille de Jean Boyer, 1951, avec Bourvil
  • Le Passe-Muraille, de Pierre Tchernia ( téléfilm 1977) avec Michel Serrault
  • Uranus  (d'après le livre de Marcel Aymé) réalisation Claude Berri (1990)
  • Archive INA, Extrait de l'émission "Le théâtre" (7 mai 1961), Max Favelli
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