Ce soir, parcourons le chemin d'écriture d'une grande femme de lettres, entre mémoire intime et mémoire collective

Annie Ernaux
Annie Ernaux © Getty / Camilla Morandi

"J’ai voulu l’oublier aussi cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue. Toujours des phrases dans mon journal, des allusions à « la fille de S », « la fille de 58 ». Depuis vingt ans, je note « 58 » dans mes projets de livre. C’est le texte toujours manquant. Toujours remis. Le trou inqualifiable."

Ce souvenir douloureux de l’été 1958 est tiré d’un magnifique récit, paru au printemps dernier chez Gallimard : il s’agit de Mémoire de fille, signé de la plume d’une grand auteur contemporain, Annie Ernaux.

Née en 1940 dans un village normand, l’auteure est agrégée de lettres modernes et a consacré sa carrière à l’enseignement. Depuis son premier roman, Les Armoires vides, en 1974, Annie Ernaux n’a cessé de porter à l’écriture la complexité de l’existence, traversant sa propre vie pour tracer le roman d’une génération : celle des enfants de la guerre, qui se passionneront pour l’existentialisme des années 1950, et la libération des mœurs, vingt ans plus tard.

En 1984, elle reçoit le Prix Renaudot pour son quatrième roman, La Place, qui rend hommage à son père, modeste cafetier de campagne. En 2008, elle publie un roman bouleversant, Les Années, un récit écrit sur le fil, entre mémoire individuelle et mémoire collective. Plus qu’un projet autobiographique, son écriture dessine les contours des époques passées, où s’enracinent nos existences laborieuses. Car, pour Annie Ernaux, il s’agit surtout de « se débrouiller avec les choses de la vie ».

Pour évoquer ce destin féminin, j’ai l’honneur de recevoir une autre femme au talent exceptionnel, une camarade de la Comédie-Française, magnifique interprète des plus grands auteurs, de Racine à Tchekhov… bonsoir, Dominique Blanc...

Ce soir, en votre compagnie, nous allons mesurer toute la violence qui habite l’oeuvre de Annie Ernaux : celle des combats d’une femme engagée de tout son être, pour accéder à l’émancipation, à l’indépendance et à l’écriture...

Extraits de l'ouvrage Annie Ernaux, écrire la vie, collection Quarto, Gallimard, 2011 :

  • 1. Les Armoires vides, 1974 : le premier roman de Annie Ernaux, sur un sujet engagé, l'avortement
  • 2. La Femme gelée, 1981 : les premiers émois d'une adolescente transie d'amour
  • 3. La femme gelée, 1981 : le cri de colère d'une jeune mère face à l'inégalité homme/femme
  • 4. La Place, 1984, prix Renaudot : hommage au père, qui s'éteint d'une mort aussi modeste que fut son existence
  • 5. L'Autre fille, éditions Nil, 2011 : un lourd secret de famille : lettre de Annie Ernaux à sa soeur inconnue
  • 6. Les Années, 2008, prix Marguerite Duras, prix de l'Académie française, prix Strega Europeo (Italie) : les livres encore à écrire, contre l'oubli...

Avec la voix de Annie Ernaux (Archives Ina)

  • C'est la peur de la perte qui motive mon écriture (Hors champs 07.10.2014)
  • La honte est un mode de vie ( Synergie 27.01.1997)
  • Citant Leiris "que l' événement devienne écrit et que l'écrit soit événement" ( For Intérieur 08/07/2001)
  • L'écriture pour témoigner de ma réalité (ESPRIT CRITIQUE 22/02/2008)
  • Les choix musicaux d'Annie Ernaux (La matinale culturelle de France Musique 12.04.2016 )

Et les extraits des films suivants :

Programmation musicale :

  • MARIANNE FAITHFULL : « How many worlds »
  • BOURVIL : « C’était bien »

Aller + loin :

Annie Ernaux, invitée de Kathleen Evin dans L'humeur vagabonde, d'Augustin Trapenard dans Boomerang, et de Pascale Clark dans Making of.

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