A la fin du mois de novembre, par un redoux, sur les neuf heures du matin, le train de la ligne de chemin de fer Petersboug-Varsovie fonçait à toute vapeur vers Petersbourg. L’humidité et la brume étaient si denses que le jour avait eu du mal à se lever. Dès l’aube, deux passagers s’étaient retrouvés face à face, près de la fenêtre – tous deux des hommes jeunes, tous deux quasiment sans bagages, tous deux habillés sans recherche, tous deux assez remarquablement typés et qui, tous deux, avaient finalement éprouvé le désir d’engager la conversation l’un avec l’autre. S’ils avaient su tous deux qui étaient l’un et l’autre, et ce qui les rendait si remarquables à cet instant, ils auraient eu de quoi s’étonner, bien sûr, de ce que le hasard les eût placés si étrangement l’un en face de l’autre dans ce wagon de troisième de la ligne Petersboug-Varsovie.

Ainsi commence l’un des grands romans de Fédor Dostoïevski,L’Idiot , publié en 1869 : l’histoire d’un naïf venu d’ailleurs, humble et soucieux des autres. Il s’appelle Mychkine.

Portrait de Dostoïevski par Vassili Perov - 1872
Portrait de Dostoïevski par Vassili Perov - 1872 © domaine public

C’est un prince, il est blond, la vingtaine et a l’envie farouche de se faire une place parmi les hommes.

Après cinq années passées en Suisse pour soigner son épilepsie, il a décidé de revenir en Russie.

Dans le train qui l’emmène à Petersbourg, il rencontre Rogojine : même âge que lui, brun, plutôt sanguin, et fou amoureux d’une certaine Nastassia Filipovna.

Cette femme va bientôt devenir l’enjeu principal de leur amitié naissante…

Introduit dans une société avide de pouvoir et d’argent, Mychkine étonne tout le monde par son mélange d’innocence et de sagesse. Sans argent et muni d’un simple baluchon, il séduit la fameuse Nastassia, et intrigue la belle Aglaïa, fille d’un parent éloigné.

Véritable tragédie d’un homme vrai dans un monde faux , L’Idiot est un livre qui se lit (d’après son traducteur, André Markowicz) « avec une respiration particulière : jamais à plein poumons, toujours en haletant »…

Ce soir donc, après Crimes et Châtiments , partons à la découverte de cet « idiot », un homme parfaitement bon, un autre « Don Quichotte », sans cesse à la limite du ridicule et du sublime.

Le texte lu à l'antenne est issu de la traduction d'André Markowicz, éd. Actes Sud, coll. Babel.

Programmation musicale :

ETIENNE DAHO et DOMINIQUE A, « EN SURFACE »

U2 , « THE TROUBLES »

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