Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou (...) L’homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d’un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte, l’espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour.

Brusquement, à un coude du chemin, un spectacle l’arrêta. C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine (...). Alors, l’homme reconnut une fosse. Il fut pris de honte : à quoi bon ? Il n’y aurait pas de travail. Mais il se risqua à gravir le terri sur lequel brûlaient trois feux de houille dans des corbeilles de fonte.

  • Bonjour, dit-il en s’approchant.

  • Bonjour, dit un vieux charretier.

  • Je me nomme Etienne Lantier, je suis machineur… Il n’y a pas de travail ici ?... C’est une fosse, n’est-ce pas ?

  • Oui, c’est le Voreux…

Cette fosse, tassée au fond d’un creux, avec ses constructions trapues de briques, dressant sa cheminée comme une corne menaçante, lui semblait avoir un air mauvais de bête goulue, accroupie là pour manger le monde.

C’était la première page de Germinal , le 13ème volume des Rougon-Macquart publié en 1885.

Autoportrait au béret, Emile Zola, 1902
Autoportrait au béret, Emile Zola, 1902 © Radio France

Après La Curée et L’Assommoir , voici le 3ème et dernier volet de notre cycle consacré à Emile Zola…

Cette fois, il est question de la dureté des conditions de travail des mineurs, dans une petite ville du nord de la France… Et nous allons suivre les aventures du jeuneEtienne Lantier , le fils que Gervaise Macquart a eu avec son amant Auguste.

Etienne est un travailleur opiniâtre qui a l’esprit frondeur… Entré dans le Voreux en tant que herscheur, il va rapidement découvrirl’enfer de la mine, la faim, la crasse, et le corps qui plie sous la fatigue. Alors il va lancer une révolte contre la baisse des salaires, et prendra la tête de l’insurrection des mineurs…

Avec ce roman, Zola pose une question qu’il considère comme « la plus importante du XXè siècle » : celle de la lutte des classes . Il veut montrer la misère des ouvriers et dénoncer l’opulence des actionnaires.

En cela, Germinal est un grand livre sur le peuple, et Zola sera d’ailleurs salué le jour de ses obsèques, en 1902, par toute une délégation de mineurs du Nord venus lui rendre hommage.

Mais c’est aussi un roman de l’espoir … Le titre évoque une journée du calendrier révolutionnaire de 1795, durant laquelle le peuple de Paris a envahi la Convention pour réclamer du pain… Et il fait aussi référence à la métaphore de la « germination », c’est-à-dire à l’arrivée du printemps.

Avec des extraits du film "Germinal" de Claude Berri (1993)

Programmation musicale :

  • "Marche ou crève" , texte de Prévert, par Nevchehirlian

  • "Ils cassent le monde" , texte de Boris Bian, lu par Jean-Louis Trintignant

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