Partons sur les traces d'une autre enfance, en compagnie du grand maître de la littérature portugaise.

Antonio Lobo Antunes
Antonio Lobo Antunes © AFP / Ulf Andersen / Aurimages

Extrait de "Dormir accompagné"

« Toute ma vie j’ai dormi accompagné. J’ai commencé par un berceau enrubanné de tulle près du lit conjugal. Du berceau, je suis passé à une chambre partagée avec mon frère Frederico, qui prenait au sérieux les équations du second degré, le réseau fluvial du Vouga et les compléments indirects, pendant que moi je me penchais à la fenêtre du jardin pour reluquer la filleule du boulanger. 

Aujourd'hui,  je suis toujours à la fenêtre à attendre que les jours d’antan reviennent dans la paume de ma main comme de fidèles boomerangs. Dans le fond, le temps n’a pas passé : si je colle l’oreille à mon enfance, comme à un coquillage, j’entends une mer de jours ensoleillés et de rire de cousines en bikini, ajournant ma mort et m’accordant l’espérance. » 

Antonio Lobo Antunes

Cet amoureux inconsolable, élevé dans la douceur d’une autre époque, est l’une des plus grandes personnalités des lettres portugaises actuelles : il s’agit de l’écrivain Antonio Lobo Antunes. 

Psychiatre de formation, l’auteur s’est fait connaitre à la fin des années 1970 en publiant trois romans qui dénonçaient l’une des grandes tragédies de son pays : la guerre d’Angola. Dans Mémoire d’Elephant, son premier livre, il revenait sur son passé de médecin militaire en pleine guerre coloniale. Un passé qui continue de le hanter dans les deux ouvrages suivants : Le Cul de Judas, publié en 1979, et Connaissance de l’Enfer, en 1980.  

Né en 1942 dans la bourgeoisie de Lisbonne, le jeune médecin nourrit un lourd sentiment de culpabilité : celui d’avoir été du côté des bourreaux, envoyant de jeunes hommes à la guerre. Peu à peu, l’écriture lui apparaît comme le seul moyen de rendre leurs lettres de noblesse à ces petites gens qu’il a le sentiment d’avoir trahi.

Ces lettres de noblesses composeront, plus tard, cinq volumes du Livre des chroniques, commencé en 1998, où l’écrivain aborde la guerre sous toutes ses formes : guerre des sexes, guerre économique, guerre sociale... 

Le Portugal d'avant Salazar

Ce soir, ouvrons le deuxième volume de ces Chroniques, publié en 2001 ; il s’intitule « Dormir accompagné », et il ressuscite tout un monde perdu : celui de l’enfance de l’écrivain, à une époque où la dictature de Salazar n’a pas encore cédé la place à la démocratie ; une époque  où les servantes badinent avec les voyous du quartier, et enfantent les révolutionnaires de demain...

Bienvenue dans le quartier de la Benfica, dans la Lisbonne des années 1950...

Références

Extraits de la traduction de Carlos Batista chez Christian Bourgois Editeur.

Une émission préparée par Estelle Gapp.

La programmation musicale :

Madredeus : O canto da Saudade

Antonio Zambujo : Nem as paredes confesso 

Avec la  voix d'Antonio Lobo Antunes (archives INA):

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