De 1906 à 1912, Colette, l'auteur de la célèbre série des Claudine, se produit sur scène dans des numéros de caf-conc'. Divorcée, la jeune femme conquiert alors son indépendance. Dans ce recueil de nouvelles, elle rend hommage à ceux qui l'ont accompagnée dans cette école de la vie...

Colette (1873-1954) vêtue comme une reine égyptienne, assise en tailleur pour une photographie en studio;
Colette (1873-1954) vêtue comme une reine égyptienne, assise en tailleur pour une photographie en studio; © Getty / Keystone-France / Gamma-Keystone

Le soir va venir. Oh ! oui, allons-nous en ! Mes compagnons courent presque, à présent. Nous savons bien, tous, que nous ne manquerons pas le train. Mais nous fuyons le beau jardin, la noble oisiveté dont nous sommes indignes. Nous courrons vers l’hôtel, vers la loge étouffante et la rampe qui aveugle. Nous courons, pressés, bavards, avec des cris de volailles, vers l’illusion de vivre très vite, d’avoir chaud, de travailler, de ne penser guère, de n’emporter avec nous ni regrets, ni remords, ni souvenir…

C’est pourtant grâce à ces souvenirs, qu’une artiste de la Belle Epoque donne ses lettres de noblesse à la vie de bohême. Publié en 1913, L’Envers du music-hall est l’œuvre d’une grande romancière française, dont le nom se cache encore derrière celui de son mari : Colette Willy. 

Depuis dix ans, le journaliste Henri Gauthier-Villars, dit "Willy", publie sous son propre nom les écrits de sa femme, Sidonie-Gabrielle Colette. Mais l’auteure de Claudine n’est plus un mystère pour ses lecteurs. En 1906, elle s’affranchit de la tutelle de son premier mari et obtient le divorce. « Colette », qui ne signe pas encore ses livres de son propre nom, découvre la difficile condition de femme libre. Contrainte de gagner sa vie, elle s’engage comme artiste de « caf’-conc’ ». Pendant six ans, jusqu’en 1912, elle part en tournée, aux côtés d’un célèbre mime, Georges Wague, qui apparaîtra sous le nom de Brague dans ses écrits.

A 33 ans, Colette devient l’une des premières femmes pantomimes

« Strip-teaseuse », dirait-on aujourd’hui. A l’époque, ses numéros font scandale. Dans « Rêve d’Egypte », au Moulin Rouge, en 1907, elle embrasse sur scène sa compagne d’alors, Missy, marquise de Belbeuf. Le préfet de police fait interdire la pièce. Un an plus tard, elle se dénude dans un nouveau spectacle, au titre plus qu’évocateur, « La Chair ». 

Mais c’est au théâtre qu’elle apprend à assumer ses désirs : désirs d’indépendance morale, intellectuelle, sentimentale, qui passent, d’abord, par la libération du corps sur scène.

Ce soir, découvrons L’Envers du music-hall, ce journal de tournée où Colette rend hommage à ses partenaires, qui l’ont accompagnée dans cette école de la vie.  Publié l’année où elle se remarie et deviendra mère, le livre est aussi un adieu de la romancière à ce milieu qu’elle quitte définitivement…

Ouvrons ce livre, comme un ultime lever de rideau, non pas sur la scène, mais sur les coulisses de la vie d’acteurs. Partons à la rencontre de ces personnages oubliés : mimes, figurantes, danseuses de revue, qui ont fait la gloire des cafés-théâtres, et que la nouvelle Colette de Jouvenel, devenue journaliste, salue désormais, de l’autre côté de la rampe…

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