Partons à la découverte du Mississipi, région natale de Faulkner, dans les années 1920, en parcourant "Tandis que j’agonise", un récit polyphonique qui met en scène une famille de paysans bouleversée par la mort de leur mère.

Portrait non daté du romancier et nouvelliste, William Faulkner.
Portrait non daté du romancier et nouvelliste, William Faulkner. © Getty / Bettmann

William Faulkner

« Les personnages sont là ; ils vivent en ce moment. Ils ne se parlent pas. Ils agissent. Mais ils ne sont pas muets. Le silence n’est pas la surdité. Chaque bruit prend son importance. La mère agonise. Son fils aîné fabrique le cercueil. Les sifflements de la poitrine s’accordent aux crissements de la scie. Tout le reste de la famille comme une énorme méduse se contracte et se détend, de concert avec la mère et avec le menuisier. Tout le théâtre agonise, rythme de pompe, rythme de poulpe, et tout  à coup, en haut d’une respiration :  la vie se vide... la mère est morte. Cet espace magique de la scène m’était apparu comme un monde poésie charnelle. Il ne devait plus me lâcher. »

Rédigées en 1935, ces réflexions accompagnaient la toute première création d’un artiste débutant, qui allait devenir l’une des grandes figures du théâtre français d’après-guerre : Jean-Louis Barrault

A 25 ans, le jeune comédien signe sa première mise en scène, et adapte le roman d’un auteur américain encore méconnu, William Faulkner. Dans ses Mémoires, Jean-Louis Barrault confie (je cite) : « Faulkner, avec Tandis que j’agonise, fut une révélation. Une déchirure, une espèce de vision, une fenêtre qui s’ouvre dans les brouillards de la montagne et découvre tout un horizon ». Créée sous le titre « Autour d’une mère », la pièce contribue à faire connaître le romancier. Des années plus tard, l’artiste rêve de reprendre le spectacle, en vain. La pièce restera pour lui comme son « acte de foi », son manifeste artistique. 

Ce geste radical et créateur, William Faulkner l’attribue lui aussi à son œuvre, qu’il qualifie de « tour de force ». En 1929, après l’échec de son premier roman, Le Bruit et la Fureur, l’auteur se lance un nouveau défi : « je vais écrire un livre qui sera mon triomphe ou ma faillite ». En pleine crise économique, jeune marié installé à Oxford, l’écrivain travaille de nuit comme porteur de charbon dans une centrale électrique. C’est là qu’il rédige Tandis que j’agonise, « en six semaines, sans changer un mot » 

Au coeur d'une oeuvre magnifique

Ce roman, écrit dans l’urgence, est le plus court de l’œuvre de Faulkner, mais aussi le plus audacieux dans sa forme. Grand admirateur de Joyce, l’auteur bouleverse la narration classique et multiplie les points de vue des personnages, à travers une succession de monologues intérieurs. 

Aujourd’hui, je vous invite à parcourir ce récit polyphonique, symphonie des adieux, qui met en scène une famille de paysans bouleversée par la disparition de leur mère. Nous sommes dans le Mississipi, région natale de Faulkner, dans les années 1920.

Extraits de la traduction de Maurice-Edgar Coindreau et Michel Gresset, dans la collection de la Pléiade. 

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