Rediffusion

Dans la déclaration qui a suivi l’annonce de ce prix Nobel, j’ai retenu la phrase suivante : « Il a dévoilé le monde de l’Occupation . » Je suis comme toutes celles et tous ceux nés en 1945, un enfant de la guerre, et plus précisément, puisque je suis né à Paris, un enfant qui a dû sa naissance au Paris de l’Occupation. Les personnes qui ont vécu dans ce Paris-là ont voulu très vite l’oublier. Mais devant les silences de nos parents, nous avons tout deviné, comme si nous l’avions vécu.

Ville étrange que ce Paris de l’Occupation. Dans ce Paris de mauvais rêve, où l’on risque d’être victime d’une dénonciation et d’une rafle à la sortie d’une station de métro, des rencontres hasardeuses se faisaient. Et c’est à la suite de ces rencontres que des enfants sont nés plus tard. Voilà pourquoi le Paris de l’Occupation a toujours été pour moi comme une nuit originelle. Sans lui je ne serai jamais né. Ce Paris-là n’a cessé de me hanter et sa lumière voilée baigne parfois mes livres.

Patrick Modiano lorsqu'il est devenu Chevalier de la Légion d'honneur 2014
Patrick Modiano lorsqu'il est devenu Chevalier de la Légion d'honneur 2014 © MaxPPP

C’était un extrait du Discours prononcé par l’écrivain Patrick Modiano , lors de la cérémonie de réception duPrix Nobel de Littérature , en décembre 2014. Cette sensibilité à la fragilité des êtres et aux traumatismes du passé traverse l’ensemble de son œuvre.

Depuis Villa Triste en 1975, qui ouvre le récent volume de la collection Quarto, jusqu’à son dernier roman, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier , publié chez Gallimard, l’écrivain reste fidèle à sa vocation de "détective métaphysique", une vocation qui consiste à sauver de l'oubli les victimes anonymes de la guerre, et à rassembler les fragments de sa propre histoire. Une question, surtout, l’obsède : qui était son père ? Ce père, lui-même orphelin, d’origine juive, qui a survécu grâce à des activités troubles pendant la guerre ; ce père qui s’est désintéressé de lui, jusqu’à la rupture définitive, au milieu des années 1960.

Adolescent révolté, Patrick Modiano écrit dès l’âge de dix-sept ans. Il publie trois premiers romans, comme trois cris de colère, qui forment ce que l'on appelle sa "trilogie de l'Occupation" : La Place de l’Etoile , publié en 1968 à 23 ans, La Ronde de nuit , en 1969, et Les Boulevards de ceinture , en 1971.

Aujourd’hui, l'écriture pudique de Patrick Modiano sait, comme personne, deviner les secrets les plus intimes, révéler les complexes et les complexités d'une "jeunesse perdue".

Ce soir, pour parcourir son œuvre passionnante, j’ai l’honneur et l’immense plaisir de recevoir une amie et magnifique actrice, une star que j'ai eu la chance d’accompagner sur les plateaux de cinéma : bonsoir Catherine Deneuve , merci infiniment de votre présence…

Avec les extraits suivants :

1. Elle s’appelait Françoise (Canal + Editions, 1996), texte co-écrit par Catherine Deneuve et Patrick Modiano : portrait de Françoise Dorléac

2. Villa Triste (Gallimard, 1975) : rêves de cinéma et cauchemars de guerre

3. Dora Bruder (Gallimard, 1997) : une autre adolescente en fuite

4. Dora Bruder (2/2) : l’épisode traumatique de l’arrestation de Patrick Modiano, en compagnie de son père

5. Pedigree (Gallimard, 2005) : une généalogie, personnelle et générationnelle

6. Rue des boutiques obscures (Gallimard, 1978) : les identités mouvantes

Avec la voix de Patrick Modiano (Archives Ina)

Programmation musicale :

  • Marie Modiano,Rêverie

  • Benjamin Biolay, Mon héritage
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