Lucien vécut au jour le jour, dépensant son argent à mesure qu’il le gagnait, ne songeant point aux charges périodiques de la vie parisienne, si écrasantes pour ces bohémiens. Sa mise et sa tournure rivalisaient avec celles des dandies les plus célèbres. Il eut des cannes merveilleuses, une charmante lorgnette, des boutons en diamants, des anneaux pour ses cravates du matin, des bagues à la chevalière, enfin des gilets mirifiques en assez grand nombre pour pouvoir assortir les couleurs de sa mise. Il passa bientôt dandy. Le jour où il se rendit à l’invitation d’un diplomate allemand, sa métamorphose excita une sorte d’envie contenue chez les jeunes gens qui s’y trouvèrent, et qui tenaient le haut du pavé dans le royaume de la fashion . Depuis cet heureux soir, tout le monde lui souriait, et il attribuait à sa jeunesse une puissance talismanique.

C’était un extrait des Illusions perdues d’Honoré de Balzac , un roman publié en 1843, et qui fait évidemment partie de l’immense ensemble de La Comédie Humaine .

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balzac © Domaine public

Ce livre est, selon l’auteur, « l’œuvre capitale dans l’œuvre »…

Il y est question d’ambition et de gloire, mais aussi des coulisses de la fabrique littéraire…

Deux amis d’enfance, nés à Angoulême, en sont les héros principaux : Lucien Chardon, et David Séchard.

Imprégnés dse belles lettres, purs et sans fortune, ces deux jeunes hommes que rien ne séparait vont prendre des chemins opposés… David va tenter sa chance dans l’imprimerie et l’édition, tandis que Lucien veut s’accomplir à Paris et se faire un nom en littérature.

L’histoire de Lucien est un peu celle de Balzac : celle d’un provincial montant dans la capitale à l’âge de 20 ans, des projets pleins la tête… Mais rien ne se passe comme prévu. Sans relations ni argent, le jeune poète va abandonner ses manuscrits pour le journalisme et ses manigances…

Paris, lieu fantasmé, devient la ville des « illusions perdues », un monde qui tue les désirs de jeunesse.

Après La Peau de chagrin la semaine dernière, je vous propose ce soir de découvrir ce terrible roman d’apprentissage, l’un des livres préférés de Marcel Proust, que Balzac avait dédicacé à Victor Hugo…

« L’enfant sublime » du siècle était à ses yeux le seul qui avait eu le courage (contrairement aux héros de ce livre) de ne jamais renoncé à ses rêves.

Programmation musicale :

KEREN ANN, « L’ILLUSIONISTE »

SUBMOTION ORCHESTRA : « More than this »

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