ATTENTION ! UNE EMISSION A NE PAS LAISSER ENTRE TOUTES LES OREILLES...

«- Belle Iseult, buvez ce breuvage.

Iseut boit une gorgée et tend le hanap à Tristan qui l’épuise à son tour d’un trait. Tout aussitôt, il regarde Iseut d’un air égaré, et l’émoi et la frayeur se peignent sur la figure d’Iseut. Qu’ont-ils fait ? Hélas ! Ce n’est pas le vin de dépense qu’ils ont bu, ce n’est cervoise ni goudale, mais le boire enchanté que la reine d’Irlande a brassé pour les noces du roi Marc ! Tristan, hélas ! Hélas, Iseut ! Vous avez bu votre destruction et votre mort !

Cependant le poison d’amour se répandait dans les veines du valet et de la pucelle. Hier ennemis, les voici aujourd’hui dru et drue. Mais le lien qui les enlace leur entrera profondément dans la chair, et jamais ils ne pourront s’en guérir. Vénus, la redoutable véneresse, les a pris dans ses réseaux ; le dieu Amour leur a décoché sa flèche mortelle ; il a planté son étendard dans leur cœur. Chacun se sent vain et las, comme étourdi par le breuvage. Ils n’osent encore échanger leurs pensées ; mais quand leurs yeux qui se fuient se rencontrent dans un éclair, c’est un périlleux regard qui attise le feu qui déjà les consume. Chacun se débat en lui-même ; la Raison livre avec le Désir une très cruelle bataille ; la pucelle a pour écu la honte naturelle ; la foi et l’honneur tourmentent le jeune homme. Après le dangereux regarder viendra l’accoler, puis l’octroyer, enfin l’œuvre défendue qui détourne le regard de Dieu et ravit l’estime du monde. La première surprise est passée, qui les avait écartés, rougissants, l’un de l’autre. Leurs coudes se touchent ; leurs yeux échangent d’ardents messages ; leurs mains se pressent, fiévreuses.

  • Que s’est-il passé ? dit Iseut, je vous haïssais il y a une heure, et voici qu’il me semble que je ne pourrai jamais me séparer de vous !

  • C’est merveille, dit Tristan, je suis tel pour vous que vous êtes pour moi.

Déjà, la convoitise charnelle embrase leur corps de chaleurs désordonnées. La nuit est venue ; le pavillon est clos et plein d’obscurité. Tout dort sur la nef qui vogue en silence. Seul le timonier veille, la main sur la barre et les yeux aux étoiles. »

Johann Heinrich Ramberg Illustration des Contes libertins de La Fontaine
Johann Heinrich Ramberg Illustration des Contes libertins de La Fontaine © domaine public

C’était, vous l’avez reconnu, un extrait du célèbre mythe de Tristan et Iseut , symbole de l’amour courtois, qui décrit avec pudeur les tourments de la passion. Mais ne laissons pas se dissiper les effets de ce mystérieux philtre d’amour, et évoquons, ce soir, à quelques jours de la Saint-Valentin, l’amour charnel dans ce qu’il a de plus torride…

Et pour effeuiller ensemble ces quelques pages de la littérature érotique, j’ai le plaisir de recevoir une comédienne et amie qui m’est chère : bonsoir, Armelle ….

Avec les extraits suivants :

  1. Exergue : Tristan et Iseut (éditions Folio Gallimard, traduction André Mary)

  2. Les Mille et une nuit (éditions Gallimard, Pléiade, traduction de Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel, 2005) : Le Porteur et les Trois dames : une sensualité pleine de candeur

  3. Jean de La Fontaine, Les Contes libertins (editions Folio classique Gallimard, 1982) : l'anneau de Hans Carvel

  4. Marquis de Sade, La Philosophie dans le boudoir (1795) (éditions 10/18, 1999) : une leçon d’anatomie très particulière

  5. Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure (1870) (éditions Mille et Une nuits, 1967, traduction Aude Willm) : la relation maître-esclave

  6. Guillaume Apollinaire, Les Onze mille verges (1907) (éditions Jean Jacques Pauvert, 1973) : quand l’humour s’en mêle…

  7. Alina Reyes, Le Boucher (éditions Seuil,1988) : un autre fantasme de la toute-puissance masculine

8. E. L. James, Cinquante nuances de Grey (éditions Lattès, 2012, traduction Denyse Beaulieu) : un prince charmant adepte du sado-masochisme

  1. En conclusion : D. H. Lawrence, L’Amant de lady Chatterley (Gallimard, 1972, traduction de Jean Malignon) : l’extase comme révélation de soi

Programmation musicale :

ALAN TITUS : "Don juan" - deh vieni alla finestra (Acte II)

JANE BIRKIN : "trouble"

Avec la voix de Jean-Jacques Pauvert (Archive INA

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