« Un matin, au sortir d’un rêve agité, Grégoire Samsa s’éveilla transformé dans son lit en une véritable vermine. Il était couché sur le dos, un dos dur comme une cuirasse, et, en levant un peu la tête, il s’aperçut qu’il avait un ventre brun en forme de voûte divisé par des nervures arquées. La couverture, à peine retenue par le sommet de cet édifice, était près de tomber complètement, et les pattes de Grégoire, pitoyablement minces pour son gros corps, papillotaient devant ses yeux. ‘Que m’est-il arrivé ? ’ pensa-t-il. Ce n’était pourtant pas un rêve : sa chambre, une vraie chambre d’homme, quoique un peu petite à vrai dire, se tenait bien sage entre ses quatre murs habituels. Grégoire regarda par la fenêtre ; on entendait des gouttes de pluie sur le zinc ; ce temps brouillé le rendit mélancolique : ‘Si je me rendormais un peu pour oublier toutes ces bêtises ’, pensa-t-il. Mais c’était absolument impossible.

Franz Kafka en 1906
Franz Kafka en 1906 © Radio France

C’était le début de la célèbre nouvelle de Franz Kafka , La Métamorphose , l’œuvre la plus connue de l’écrivain tchèque de langue allemande, né à Prague en 1883 et mort prématurément, près de Vienne, en 1924, d’une crise de tuberculose.

Juriste de profession, employé dans une agence d’assurances pragoise, l’auteur n’a publié de son vivant que quelques courts récits, comme Le Verdict , La Colonie pénitentiaire … Ecrivain tourmenté par l’imperfection, il laisse de nombreux fragments inédits et demande à son ami et exécuteur testamentaire, Max Brod, de détruire ses manuscrits.

Mais celui-ci, admirateur de l’œuvre de Kafka, décide de ne pas respecter les dernières volontés de son ami. Entre 1925 et 1931, il fait publier à titre posthume ses trois grands romans inachevés : L’Amérique, Le Procès et le Château .

Ce soir, à l’image de l’Arpenteur, le héros duChâteau , nous allons parcourir l’univers irrationnel et angoissant de Kafka, qui dénonce le caractère inhumain de la société moderne, et en particulier la cruauté des systèmes judiciaires et bureaucratiques. Bienvenue dans le monde kafkaïen, qui ressemble encore étrangement au nôtre…

Avec des extraits des Oeuvres complètes en Pléiade (tome I et II, Gallimard, 1976, 1980, traductions de Jean-Pierre Danès, Claude David, Marthe Robert, Alexandre Vialatte)

  1. L'Amérique (L'Oublié) (1912) : chapitre VI : le Théâtre de l'Oklahoma

  2. Le Verdict (1912) : la rupture entre Kafka et son père

  3. Le Procès (1925) : chapitre II : Joseph K. face au Juge

  4. La Colonie pénitentiaire (1919) : un instrument de torture inédit

  5. Le Château (1926) : la rencontre entre K. et Frieda

  6. Recherches d'un chien (1924) : le dernier texte écrit par Kafka (extrait du recueil La Muraille de Chine et autres récits , Gallimard, 1950, traduction Jean Carrive)

Avec les voix de Carlos Fuentes, Orson Welles , Marthe Robert (Archives INA)

Programmation musicale :

Ute Lemper : "Der Sibersee"Yael Naïm : "Shelcha"

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