Le best-seller antiraciste de la romancière américaine

Gregory Peck et  Harper Lee sur le tournage de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur"
Gregory Peck et Harper Lee sur le tournage de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" © Corbis / Bettmann

Notre père ne faisait rien. Il n’était pas fermier ni garagiste ni quoi que ce soit susceptible de soulever l’admiration. Il ne faisait pas ce que faisaient les pères de nos camarades : il n’allait jamais à la chasse ni à la pêche, il ne jouait pas au poker, ne buvait pas, ne fumait pas. Il restait à lire au salon. Pour autant, il ne passait pas aussi aperçu que nous le souhaitions : cette année-là, l’école bourdonnait de discussions sur le fait qu’il allait défendre Tom Robinson et ce n’était jamais pour en dire du bien. On se donnait le mot : « Finch est l’ami des nègres ! »

Ce portrait tendre et drôle d’un père dépassé par ses deux garnements est l’œuvre d’une romancière américaine célèbre dans le monde entier : Harper Lee. Elle est l’auteur d’un seul et unique roman, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, publié en 1960, couronné par le prestigieux Prix Pulitzer en 1961. C’est l’un des plus gros succès éditoriaux de l’histoire littéraire. Réédité et traduit en quarante langues, le livre s’est vendu à plus de quarante millions d’exemplaires.

Harper Lee a fait la une des journaux, l’hiver dernier, en pleine rentrée littéraire. A l’âge de 89 ans, après cinquante ans de silence, la vieille dame publiait un second roman, Va et poste une sentinelle, édité chez Grasset. Ce second livre a fait l’effet d’une bombe chez ses fans : non seulement c’est une suite du premier, où la petite fille, Scout, la narratrice, est devenue une femme. Mais dans ce second opus, l’écrivain malmène le personnage si emblématique du père, Atticus Finch, pour en faire un personnage moins honorable. Pourquoi Harper Lee a-t-elle voulu ternir l’image de son héros, un avocat intègre, dévoué à la cause des Noirs dans l’Amérique des années 1930 ? Un personnage qui, interprété au cinéma par Gregory Peck, a valu à l’acteur un Oscar en 1962…

L’écrivain, hélas décédée en février dernier, a emporté son secret avec elle. De ce second volume, on apprendra qu’il est en réalité la première version du roman que Harper Lee avait proposé à son éditeur, en 1957. Celui-ci lui avait conseillé de réécrire l’intrigue pendant l’enfance de son héroïne. Trois ans plus tard, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est devenu le best-seller que l’on sait ; il est désormais un classique, enseigné dans les collèges et lycéens américains.

Ce soir, embarquons pour le sud de l’Alabama, dans la petite ville puritaine de Maycomb, où l’avocat Atticus Finch élève seul ses deux enfants : Jem, un garçon de dix ans, et Scout, une fillette intrépide de 6 ans. Nous sommes dans les années 1930, années de crise où culminent la Prohibition et la Ségrégation. Les Noirs travaillent dans les champs de coton et les fermes. Il faudra attendre les années 1960, année de publication du livre, pour que leurs droits civiques soient reconnus...

Extraits de la traduction de Isabelle Stoïanov et Isabelle Hausser, éditions Grasset, 2005.

Programmation musicale :

  • RAY CHARLES, Hard times no one knows
  • MUD FLOW, Chemicals
  • THE BLIND BOYS OF ALABAMA, Way down in the hole

Extraits du film Du silence et des ombres (1962) de Robert Mulligan, avec Gregory Peck dans le rôle d'Atticus

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