Parcourons l'un des plus célèbres romans de l'écrivain colombien, une fable féroce et fantasque, publiée il y a tout juste cinquante ans...

Gabriel García Márquez
Gabriel García Márquez © Getty / Heritage Images

Extrait de Cent ans de solitude :

« Un soir, Ursula pénétra dans la chambre de son fils ainé José Arcadio, alors qu’il se déshabillait pour se mettre au lit ; elle éprouva un sentiment mêlé de honte et de pitié : c’était, après son mari, le premier homme qu’elle voyait nu, et il était si bien équipé pour la vie qu’il lui parut anormal. Vers cette époque venait à la maison une jeune femme enjouée, effrontée, provocante, qui aidait aux travaux ménagers et savait lire l’avenir dans les cartes. Ursula lui parla de son fils.  Elle pensait que la disproportion dont il se trouvait affecté était quelque chose d’aussi contre-nature que la queue de cochon du cousin, né d’un inceste. La femme éclata d’un rire franc et sonore qui se répercuta dans toute la maisonnée comme une volée de cristal. « - Au contraire, dit-elle. Il sera heureux. » 

Gabriel García Márquez

Gabriel García Márquez est né en 1928 à Aracataca, un petit bourg entouré de plantations bananières sur la côte Caraïbe de la Colombie. C’est dans ce décor qu’il installe l’intrigue de son chef d’œuvre,  Cent ans de solitude, en imaginant le devenir d’une lignée sur sept générations dans le village de Macondo. A travers cette épopée devenue mythique, parue en 1967, l’auteur relate le destin des Buendia, une famille  peuplée de rêveurs plus ou moins fous, avec un sérieux penchant pour l’inceste, qui les conduit à engendrer une descendance monstrueuse.  Pèse aussi sur le clan une mystérieuse malédiction qui le condamne à vivre 100 ans de solitude. Le roman propose ainsi une réflexion sur l’animalité du désir et sur la solitude existentielle de l’homme, condamné à être seul parmi les siens.

Dans cette grande fresque au souffle puissant, l’imagination est reine et transgresse tous les codes. On y croise une série de personnages truculents : des gitans sur leur tapis volant, des apprentis alchimistes, des colonels de guerre, des prêtres en lévitation sous l’effet d’un chocolat chaud, des noceurs, des bigotes, un homme cerné par les papillons, une femme à la beauté fatale qui monte au ciel en emportant les draps qui sèchent… tout un carnaval imaginaire qui est un délice pour le lecteur

Car l’écrivain Gabriel Garcia Marquez se fait volontiers conteur. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1982, il invente une écriture romanesque associée au Réalisme magique, où l’humour embrasse la poésie, les morts côtoient les vivants, et les personnages ont le pouvoir de ralentir les aiguilles du temps. En multipliant les prénoms identiques ou en chahutant la chronologie, l’auteur joue à nous égarer. Il faut sans doute accepter de se perdre un peu, pour se laisser porter par le charme envoûtant de l’univers marquezien, entre démesure, lyrisme, ironie et poésie. Car, comme le dit l’auteur dans son roman, écrire, c’est  un peu « comme émietter pour le jeter à l’oubli le long poème de la fugacité ».

Mais s’il est un lieu où l’auteur excelle, c’est dans l’expression du grand trouble du désir. C’est donc principalement entre ces pôles : la vie, le sexe, l’amour et la mort, que nous cheminerons dans le roman. 

Nous parcourrons la traduction de Claude et Carmen Durand aux éditions du Seuil. 

Programmation musicale : 

NIDIA GONGORA : « Amor en Francia »

CUCA ROSELA : « Porque voltas de que lei »

GERARD DEPARDIEU :  «Mémoire »

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