Face à la dérive de son fils adolescent, perdu et violent, une mère tente l'aventure du voyage à cheval à travers le Kirghizistan. Une épopée cavalière et le pari de la rencontre avec l'inconnu pour se réinventer autrement... Un roman au souffle saisissant porté par une écriture magnifique.

Portrait de Laurent Mauvignier, écrivain, le 23 septembre 2014 à Paris
Portrait de Laurent Mauvignier, écrivain, le 23 septembre 2014 à Paris © Getty / Ulf Andersen

La veille, Samuel et Sibylle se sont endormis avec les images des chevaux disparaissant sous les ombelles sauvages et dans les masses de fleurs d’alpage ; les parois des glaciers, des montagnes, les nuages cotonneux, la fatigue dans tout le corps et la nuit sous les étoiles, sur le sommet d’une colline formant un replat idéal pour les deux tentes. Et puis au réveil, lorsque Sibylle sort de sa tente, une poignée d’hommes se tient debout et la regarde. Il lui faut trois secondes pour les compter, ils sont huit, et une seconde de plus pour constater que les deux chevaux sont encore à quelques mètres, là où on les avait laissés hier soir. Samuel se lève à son tour, il ne comprend pas tout de suite. Il regarde sa mère et, à l’agressivité qu’il reconnaît dans la voix des Kirghizes quand ils se mettent à parler, à questionner en russe, et surtout parce qu’à sa façon de répondre il voit que sa mère a peur, il se dit que la journée commence mal.

Continuer, le magnifique roman initiatique de Laurent Mauvignier a pour principal décor le Kirghizistan, petit pays aux paysages à couper le souffle, coincé entre la Russie et la Chine. Trois semaines plus tôt, face à la dérive délinquante de son fils, Sibylle a eu cette idée un peu folle, lui proposer un périple à cheval vers l’inconnu : le voyage de la dernière chance. Petit à petit, le pari de l’ouverture à l’autre que fait Sibylle porte ses fruits et notre jeune héros finit par accepter de voir en l’étranger autre chose qu’une menace. Délesté du poids de l’angoisse, il se relie d’une manière inédite aux  autres et peut enfin devenir un homme. C’est tout le sens de ce voyage initiatique qui propose, au passage, une réflexion profonde sur la peur et l’ignorance comme fondement de la haine raciale. 

Au cœur du livre  également : les affres de la parentalité, une aventure palpitante et vertigineuse, dont personne ne possède vraiment la carte. Et l’amour maternel, bien entendu, auquel l’auteur rend un très bel hommage. Enfin le voyage est évidemment une métaphore de la vie. Face à la perte, au danger, à la douleur, à l’inconnu qui nous effraie, il faut « continuer », comme le disait Samuel Beckett, à qui l’auteur emprunte son titre extrait des derniers mots de L’innommable, mais aussi le prénom de son personnage. 

Paru aux Editions de Minuit en 2016 Continuer sera porté sur nos écrans par le réalisateur Joachim Lafosse, le 23 janvier 2019.

La B.O. de l'émission :

  • MICHELE BERNARD : « Quatre-vingt beaux chevaux »
  • ARNO : « Les yeux de ma mère » (en public)

Les Archives :

HORS-CHAMPS  10/04/2012, France Culture

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