Hommage au Grand maître de la littérature américaine, disparu au printemps dernier

Jim Harrison au Festival de Deauville en 2004
Jim Harrison au Festival de Deauville en 2004 © Getty / David Lefranc

« Sunderson avait une dizaine d’années quand il contracta une angine accompagnée d’une forte fièvre. Le dimanche matin, il dut pourtant se rendre au service luthérien. La voix grave et étonnante de l’homme de Dieu égrena les Sept Péchés Capitaux : l’orgueil, l’avarice, l’envie, la luxure, la gourmandise, la colère et la paresse. Durant le trajet du retour dans leur vieille Plymouth aux ailes et aux pare-chocs rouillés et brinquebalants, il demanda à voix haute ce que signifiait « la luxure ». Son père déclara : « Tu le découvriras quand tu auras quatorze ans », l’un de ces réponses typiques où la vie tout entière se retrouvait otage de l’avenir."

Cette obsession pour le mystère de la chair hante l’œuvre d’un immense romancier américain, hélas disparu au printemps dernier : Jim Harrison. La confession que vous venez d’entendre est celle de son célèbre personnage, l’inspecteur Sunderson, au moment où il prend sa retraite. Cet extrait est tiré du dernier roman publié de son vivant, Péchés capitaux, édité en 2015 chez Flammarion.

Ce soir, cette émission rend hommage au « Grand maître » de la littérature américaine, selon le titre de l’un de ses derniers ouvrages. Pour évoquer la personnalité fascinante de l’écrivain, qui a quitté les bancs de l’université pour vivre toute sa vie dans une ferme, je vous invite à parcourir son tout premier roman, Wolf, paru en 1971. Ouvrons ces « Mémoires fictifs », qu’il publie à l’âge de trente-trois ans, quelques années après l’évènement traumatique qui a bouleversé son existence : la mort brutale de son père et de sa sœur dans un accident de voiture, en 1963. Un autre accident avait déjà marqué son enfance : la perte de la vue de l’œil gauche, à l’âge de huit ans ; handicap dont il ne se remettra jamais.

Après avoir publié deux recueils de poésie, Jim Harrison revient, dans ce premier récit « faussement » biographique, à ses jeunes années, où, entre 17 et 20 ans, il se rêve écrivain sans y parvenir, succombant à ses obsessions pour l’alcool et le sexe, trompant ses désillusions dans la contemplation de la nature.

Suivons les traces du jeune Harrison qui, à l’âge de 16 ans, quitte sa région natale du Michigan pour tenter sa chance à Boston, puis arpente le continent américain de San Francisco à New York. Car, comme le confiait le romancier sur ses vieux jours (je cite) : « Nous sommes les lieux où nous avons été. »

Extraits de la traduction de Marie-Hélène Dumas aux éditions Robert Laffont (collection Bouquin 2000).

« Une fois morts, nous ne sommes plus que des histoires dans l’esprit d’autrui.»

Avec la voix de Jim Harrison(Archives Ina)

-La vision large du monde que nous offre la littérature - Tout arrive 06/09/2004

-Le parallèle pêche/sexualité -Surpris par la nuit 15/09/2004

-"Je suis un romantique"- Inter treize-quatorze 11/09/1998

Programmation musicale :

  • PORTISHEAD, Western eyes
  • MADELEINE PEYROUX, Dance me to the end of love
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