Partons pour un voyage intime à travers les langues : l'anglais, l'hindi, l'italien... Trois cultures qui tissent l'imaginaire de Jhumpa Lahiri, romancière new yorkaise, né à Londres de parents indiens

L'écrivain et journaliste Jhumpa Lahiri
L'écrivain et journaliste Jhumpa Lahiri © Maxppp / Nico Rodriguez/EPA

Extrait de "L’interprète des maladies"

"Dans sa jeunesse, il s’était consacré à l’étude des langues étrangères et avait possédé une impressionnante collection de dictionnaires. Il avait rêvé d’être un interprète auprès des diplomates et des ministres. C’était un autodidacte. Tous les soirs, avant que ses parents n’aient arrangé son mariage avec une cousine de Calcutta, il avait noté les étymologies communes des mots, et au bout de quelques années, il avait été sûr de pouvoir converser en anglais, français, russe, portugais et italien, sans parler de l’hindi, du bengali, de l’oriya et du gujarati. Maintenant, hélas, seule une poignée d’expressions ou de termes européens lui restaient en mémoire. L’anglais était la seule langue non indienne qu’il parlait encore couramment. Cela lui servait bien pour son activité de guide."

Guide touristique et autodidacte, M. Kapasi est doué d’un talent singulier : déceler les maux de l’âme, ces infimes fissures qui éloignent les êtres les uns des autres, comme les mots s’éloignent de leur étymologie en passant d’une langue à l’autre. Il est le personnage qui donne son titre à un recueil de nouvelles, L’interprète des maladies, un premier ouvrage paru il y a vingt ans, sous la plume d’une jeune auteure américaine d’origine indienne, Jhumpa Lahiri. 

Jhumpa Lahiri, une indienne à New-York

Comme la majorité de ses personnages, des Indiens émigrés aux Etats-Unis, la romancière est une déracinée, déchirée entre sa langue maternelle, le bengali, et sa langue d’adoption, l’anglais « tyrannique », comme elle le désigne elle-même. C’est pourtant l’anglais qui lui apporte la reconnaissance, puisque son premier livre est salué par le prix Pulitzer en l’an 2000

Née à Londres en 1968, Jhumpa Lahiri vit à New-York. Sensible au mal-être et à la nostalgie de la communauté indienne, elle ausculte à merveille le mélange des cultures, et analyse avec finesse le rapport douloureux à la langue. En 2015, elle publie un essai intitulé En d’autres mots, un témoignage émouvant sur la difficulté de s’ancrer dans une langue étrangère. 

Ce soir, je vous invite à découvrir cette quête passionnante d’un écrivain qui, pour tenter de reconquérir son identité, se lance un nouveau défi : apprendre une troisième langue. Pour Jhumpa Lahiri, comme pour son personnage M. Kapasi, ce sera le détour par l’Europe, et le choix d’une langue qui remonte aux origines de la culture occidentale : l’italien... 

Références

En d’autres mots est publié chez Actes Sud, dans la traduction française de Jérôme Orsoni.

Avec les voix de Jhumpa Lahiri,Carlos Fuentes 

Et les extraits des films suivants:

Fellini Roma, La Dolce Vita, La Strada  et Satyricon de Federico Fellini

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