Sachez-le, mes bien-aimés, chacun de nous est coupable pour tous et pour chacun sur la terre, cela est hors de doute, non seulement pour la faute commune du monde entier, mais personnellement, pour tous les hommes et pour chaque personne sur la terre. Cette conscience est la couronne du chemin de l’ermite, et de tout homme, d’ailleurs, sur cette terre. Car les ermites ne sont rien d’autre que des hommes, mais juste seulement comme devraient l’être tous les hommes sur terre. C’est là seulement que notre cœur pourrait se fondre dans un amour infini, universel, qui ne serait jamais rassasié. Alors, chacun de nous aura la force de gagner le monde entier par la force de son amour, et de laver les péchés du monde par ses larmes… Que chacun marche près de son cœur, que chacun se confesse sans fin à soi-même. Ne craignez pas votre péché, même si vous en prenez conscience, pourvu qu’il y ait un repentir, mais ne marchandez pas avec Dieu. Surtout, je vous le dis, rabaissez votre orgueil. Rabaissez votre orgueil devant les petits, rabaissez tout autant votre orgueil devant les grands. Ne haïssez pas non plus ceux qui nous rejettent, qui nous insultent et qui nous calomnient. Ne haïssez pas les athées, les mauvais penseurs, les matérialistes, même les méchants parmi eux. Ne soyez point avaricieux… N’aimez ni l’or, ni l’argent, n’en gardez point… Croyez, et maintenez la flamme. Portez-la au plus haut.

Cet appel à l’humilité et à l’amour est prononcé par un moine mourant, dans l’une des plus belles pages desFrères Karamazov .

Avec ce dernier roman (publié en feuilleton à partir de 1879), Dostoïevski fait le portrait d’une famille infernale, dans la Russie du XIXè siècle.

Fedor Mikaïlovitch Dostoïevski en 1876
Fedor Mikaïlovitch Dostoïevski en 1876 © Radio France

Au sein de ce clan, il n’y a pas de mères… Elles sont toutes mortes. Mais il y a un père, Fiodor Pavlovitch : un homme dépravé et odieux qui ne s’est occupé d’aucun de ses fils.

Le premier d’entre eux s’appelle Dmitri (Mitia ). Rejeté dès le plus jeune âge par son père, il lui voue une haine sans faille mais partage avec lui les mêmes passions (l’argent et le sexe). Il est sauvage, parfois violent, mais il a une bonne âme.

Le deuxième, Ivan , est né d’une autre union. C’est un intellectuel en pleine rébellion, un idéaliste passionné qui doute de la foi et n’admet pas le monde tel qu’il est.

Puis vient Aliocha (même mère qu’Ivan), c’est un cœur pur, une âme sensible. Dévoué à Dieu, il n’a qu’un seul souhait : mener une vie monastique et faire le bonheur autour de lui.

Enfin, il y a Smerdiakov , l’enfant illégitime, fruit d’un viol. Souffrant d’épilepsie, traité avec dédain, il travaille comme laquais au service de son père Fiodor.

Elevés chacun de leur côté, les quatre frères vont devoir, malgré leurs différences de caractère, apprendre à se connaître et à s’aimer. Ce livre raconte leur affrontement, mais aussi le crime auquel ils vont être confrontés…

L’un des frères Karamazov a tué le père… Mais qui ?

Les Frères Karamazov, de F. Dostoievski
Les Frères Karamazov, de F. Dostoievski © Domaine public

Ce soir, après Crimes et Châtiments et L’Idiot , je vous propose de découvrir cet immense roman qui se lit comme un polar…

Dostoïevski y peint comme personne l’orgueil, le doute, la souffrance, et il continue de poser cette question essentielle, au cœur de toute son œuvre : quelle est la raison d’être de l’homme sur Terre ?

Programmation musicale

« In the name of the father » par BONO, extrait de la BOF « Au nom du père »

« Tom Waits » par BABX

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