Ma grande adorée belle comme tout sur la terre et dans les plus belles étoiles de la terre que j’adore ma grande femme adorée par toutes les puissances des étoiles belle avec la beauté des milliards de reines qui parent la terre l’adoration que j’ai pour ta beauté me met à genoux pour te supplier de penser à moi je me mets à tes genoux j’adore ta beauté pense à moi toi ma beauté adorable ma grande beauté que j’adore je roule les diamants dans la mousse la plus haute que les forêts dont tes cheveux les plus hauts pensent à moi – ne m’oublie pas ma petite femme sur mes genoux – à l’occasion au coin du feu sur le sable en émeraude – regarde-toi dans ma main qui me sert à me baser tout au monde pour que tu me reconnaisses pour ce que je suis ma femme brune-blonde ma belle et ma bête pense à moi dans les paradis la tête dans mes mains.

Je n’avais pas assez de cent cinquante châteaux où nous allions nous aimer on m’en construira demain cent mille autres j’ai chassé des forêts de baobabs de tes yeux les paons les panthères et les oiseaux-lyres je les enfermerai dans mes châteaux forts et nous irons nous promener tous deux dans les forêts d’Asie d’Europe d’Afrique d’Amérique qui entourent nos châteaux dans les forêts admirables de tes yeux.

Paul Eluard et Nusch (vers 1930)
Paul Eluard et Nusch (vers 1930) © Radio France / Stefano Bianchetti/CORBIS

Si cette déclaration d’ « amour fou » rappelle la magnifique Nadjia d’André Breton, elle n’est pas l’œuvre du seul poète. Elle est signée par deux grands amis, liés par la même passion pour l’art et les femmes :André Breton et Paul Eluard . Ensemble, ils publient, en 1930, cette œuvre radicale, L’immaculée conception , où ils s’autorisent toutes les excentricités du langage. Nous sommes à l’apogée de la période surréaliste , où, à la suite du mouvement Dada de Tristan Tzara, des écrivains, réunis autour deLouis Aragon , mais aussi des peintres, comme Pablo Picasso et Salvador Dali , explorent l’inconscient en se libérant des contraintes de la création. C’est l’âge d’or de l’écriture automatique et des collages, qui vont révolutionner l’art moderne.

Riche en juxtapositions d’images, l’extrait que nous venons d’entendre évoque les grands thèmes de la poésie d’Eluard :l’amour absolu , inspiré par les trois femmes de sa vie : Gala, Nusch, Dominique ; mais aussi la volonté d’ouvrir une « fenêtre » sur le monde et le foisonnement du réel. Car l’écriture d’Eluard se veut en prise avec le monde des hommes. Mobilisé pendant la guerre de 14, témoin de la guerre d’Espagne, Eluard incarnera la figure du poète-résistant au cours de la Seconde Guerre mondiale, avec son plus célèbre poème, Liberté , devenu le symbole de la poésie de combat.

Ce soir, rendons hommage à Paul Eluard, né en 1895 à Saint-Denis, et mort en 1953. De son vrai nom Eugène Emile Paul Grindel , il emprunte le nom de sa grand-mère maternelle pour signer ses premiers poèmes, écrits sur le front, en 1916. Nous voici presque cent ans plus tard. En décembre 2015 sera célébré le 120ème anniversaire de la naissance du poète.

Avec les poèmes suivants :

  1. "Liberté" , extrait de Poésie et Vérité (1942) : un chant d'amour devenu chant des partisans__

  2. "Victoire de Guernica" , extrait de Cours naturel (1938) : poème en hommage aux victimes de la petite ville espagnole bombardée par les allemands en 1937, en soutien aux Franquistes

  3. "A Pablo Picasso" , extrait du recueilDonner à voir (1939) : éloge de celui que Paul Eluard appelera plus tard "l'ami sublime"

4."La courbe de tes yeux" , "Ta chevelure d'orange", "Ta bouche aux lèvres d'or", "Celle de toujours, toute" : éloge de la femme aimée, extraits de Capitale de la douleur (1926)

  1. "La terre est bleue comme une orange" , extrait du recueil L'Amour la poésie (1929) : un adieu à Gala

  2. "La Dame de Carreau" , extrait du recueil Les dessous d'une vie (1926) : récit d'un rêve, le poète en quête d'amour et de pureté

7."Dors" , récit de rêve, extrait de La vie immédiate (1932)

  1. "Belle épouse..." , extrait de Livre ouvert (1942) : à Nusch, seconde épouse du poète

9. "Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante six..." , "Limites du malheur", "Ma morte vivante", "Notre vie" : extraits du recueil Le Temps déborde (1947), publié sous le pseudonyme Didier Desroches : évocation de la mort tragique de Nusch

  1. "Dominique aujourd'hui présente" , extrait du recueil Le Phénix ( 1951) : le couple renaît de ses cendres, avec la rencontre de sa troisième épouse, Dominique

  2. "Le Château des Pauvres" , extrait de Poésie ininterrompue , ouvrage posthume (1953) : un chant d'amour et d'espoir en l'avenir

Avec la voix de Paul Eluard (Archives Ina)

Programmation musicale :

  • Laurent Garnier,Les Promesses d'une chevelure _ - Lisa Barbuscia, Adore You_
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