Découvrons les textes à l'affiche des théâtres parisiens, à l'occasion du 47e Festival d'Automne.

L'actrice et comédienne Valérie Dréville au 68ème Festival international du film de Locarno, en Suisse, le 13 août 2015.
L'actrice et comédienne Valérie Dréville au 68ème Festival international du film de Locarno, en Suisse, le 13 août 2015. © Maxppp / URS FLUEELER/EPA

Extrait de la pièce "Les Démons" de Dostoïevski.

Stépane Trofimovitch – Mais, ma chère Varvara Petrovna, je possède toujours, n’est-ce pas, mon droit humain, inaliénable, éternel et suprême, à la liberté de conscience ? J’ai quand même le droit de ne pas être un tartuffe et un fanatique, si je ne le souhaite pas. Et puis, comme on trouve toujours plus de moines que de raison...

Varvara Petrovna : - Comment, comment avez-vous dit ? Ce n’est pas de vous, ça, je parie ; vous avez pêché ça quelque part, non ?

Stépane Trofimovitch : - C’est Pascal qui l’a dit.

Varvara Petrovna : Je me disais bien... ce n’était pas de vous ! Parce que vous, jamais, vous ne serez aussi concis, aussi juste, vous en mettez toujours des pages.

Stépane Trofimovitch : - Ma foi, chère... Pourquoi ? D’abord, parce que, sans doute, malgré tout, je ne suis pas Pascal, et puis... ensuite nous autres, les Russes, nous ne savons rien dire dans notre langue... Du moins, jusqu’à présent, nous n’avons encore rien dit... 

Varava Petrovna : -  Assez, laissez-moi me reposer ; je suis épuisée. Voilà que vous postillonnez quand vous riez, c’est vraiment la vieillesse, je ne sais pas... Mon dieu, que de mauvaises habitudes vous avez accumulées ! Épargnez une pauvre femme, tout de même !"

Dostoïevski, Anne Teresa de Keersmaeker et le Festival d’Automne

Cette scène de comédie, digne d’un vaudeville, entre la veuve Stavroguine et son ancien précepteur, est d’autant plus surprenante qu’elle ouvre l’un des romans les plus sombres de la littérature russe : Les Démons de Dostoïevski. 

Satiriste de talent, l’auteur y épingle, sous les traits de Trofimovitch, ses propres défauts de joueur et d’athée. 

Cette fresque magistrale sur les mouvements pré-révolutionnaires du XIXe siècle, est actuellement à l’affiche du théâtre Odéon-Berthier, jusqu’au 21 octobre, dans une mise en scène de Sylvain Creuzevault

Ce soir, j’ai l’immense plaisir de recevoir l’interprète du personnage de Varvara Petrovna : une magnifique tragédienne, formée à l’école d’Antoine Vitez :  Valérie Dréville, qui a fréquenté les plus grands auteurs, de Claudel à Heiner Müller, en passant par les Russes Lermontov, Tchekhov et, aujourd’hui, Dostoïevski.

Ce soir, nous allons évoquer les personnages, classiques et contemporains, qui composent la nouvelle et riche programmation du Festival d’Automne.  Orchestrée par Emmanuel Demarcy-Motta, cette 47e édition signe le portrait d’une grande chorégraphe flamande, Anne Teresa de Keersmaeker ; et  nous invite au voyage, à travers la découverte d’artistes japonais de renom.

Avec les extraits suivants :

1. Les Démons, Dostoïevski (Actes Sud, traduction André Markowicz) : le duel entre Piotr et Kirillova ; avec Valérie Dréville et Nicolas Bouchaud, jusqu'au 21 octobre aux Ateliers Berthier, dans une mise en scène de Sylvain Creuzevault

2. Après la répétition, Ingmar Bergman (L'Avant-Scène Cinéma) : dialogue entre Anna Egerman et Hernik Vogler ; avec Georgia Scalliet de la Comédie Française et Franck Vercruyssen; du 25 octobre au 14 novembre au Théâtre de la Bastille, par le collectif tgSTAN 

3. Sopro, Tiago Rodrigues : dialogue entre le Directeur du théâtre et la Souffleuse ; avec Christina Vidal dans son propre rôle, dans une mise en scène de l'auteur ; le 9 novembre au Théâtre de Chelles, puis du 12 novembre au 8 décembre au Théâtre de la Bastille

4.Tristesse et joie dans la vie des girafes, Tiago Rodrigues (Les Solitaires Intempestifs) : traduction et mise en scène de Thomas Quillardet : dialogue entre Girafe et Tchekhov ; à la Villette du 29 novembre au 1er décembre ; puis au T2G de Gennevilliers du 14 au 18 décembre

5. Five Days in March, texte et mise en scène de Toshiki Okada ; le blog de Miffy ; du 17 au 20 octobre au Centre Pompidou

6. Rituel 4 : Le Grand Débat, Emilie Rousset et Louise Hémon ; une histoire médiatique des débat de l'entre-deux-tours des présidentielles, avec Emmanuelle Lafon et Laurent Poitrenaux, du 10 au 15 décembre au Théâtre de la Cité internationale

7. En conclusion : Anne Terasa de Keersmaker, artiste associée du Festival d'Automne, extrait d'un entretien paru dans la monographie Rosas, 2007-2017 (Actes-Sud Mercator)

Les extraits sonores diffusés ce soir:

Emmanuel Demarcy-Mota : « Un théâtre c'est un cerveau....  c'est un lieu de l'infini mais aussi de l'indéfini, de l'invention, de la recherche, du partage avec les spectateurs, c'est un lieu de l'émotion et de la pensée, c'est un lieu de la philosophie, c'est un lieu de la critique, de l'espoir mais aussi du désespoir…"  dans Nuit rêvée d’Emmanuel Demarcy-Mota, le 11/03/2018 sur France Culture 

André Markowicz : Pour Dostoïevski, si la langue ne nous prend pas aux tripes, ça n’est pas la peine ; c’est la  grande différence entre Dostoïevski et Tourgueniev- dans Les jeudis littéraires, Pascale Casanova, le 10/12/1998 sur France Culture 

Ingmar Bergman : le réalisateur parle de son travail avec les acteurs (1975) 

Anne Teresa de Keersmaeker : Danser est une célébration de notre humanité, dans Hors champs, le 06/03/2014 sur France Culture 

Tiago Rodrigues : Mon hommage aux gens de l’ombre, le personnage de la souffleuse est à la frontière entre l'ombre et la lumière du théâtre, dans Le Mag de l'Été - Anna Sigalevitch, le 09/07/2017 sur France Inter.

Coup de cœur

Pour poursuivre le plaisir de la lecture, je vous invite à découvrir le très beau livre de Valérie Dréville Face à Médée, Journal de répétition,  publié dans la collection Le Temps du théâtre / Actes Sud-Papiers.

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