Elle portait un bouquet d’abominables, d’inquiétantes fleurs jaunes. Le diable sait comment elles s’appellent, mais je ne sais pourquoi, ce sont toujours les premières que l’on voit à Moscou. Et ces fleurs se détachaient avec une singulière netteté sur son léger manteau noir. Elle portait des fleurs jaunes ! Vilaine couleur. Elle allait quitter le boulevard de Tver pour prendre une petite rue, quand elle se retourna. Vous connaissez le boulevard de Tver, n’est-ce pas ? Des milliers de gens y circulaient, mais je vous jure que c’est sur moi, sur moi seul que son regard se posa – un regard anxieux, plus qu’anxieux même – comme noyé de douleur. Et je fus moins frappé par sa beauté que par l’étrange, l’inconcevable solitude qui se lisait dans ses yeux ! L’idée que je devais absolument lui parler me tourmentait, car j’avais l’angoissante impression que je serais incapable de proférer une parole, et qu’elle allait disparaître, et que je ne la verrais plus jamais.

Voici comment se rencontrent les deux personnages qui vont former l'un des couples mythiques de la littérature russe du XXe siècle, et qui vont donner leur nom au plus célèbre roman de Mikhaïl Boulgakov : Le Maître et Marguerite.

Mikhaïl Boulgakov
Mikhaïl Boulgakov © Wikimediacommons

Commencée en 1928, l’écrivain voit son œuvre menacée par la censure soviétique et brûle son premier manuscrit en 1930. Pendant dix ans, il en reprend la rédaction, notant dans son Journal : « Seigneur, aide-moi à terminer mon roman ». Ce n’est qu’en 1940, quelques mois avant sa mort, qu’il achève ce qu’il appelle « son roman sur le diable ». Publié dans une version censurée en 1966, le texte intégral ne sera publié qu’en 1973.

Grand admirateur du Faust de Goethe et de La Symphonie fantastique de Berlioz , Boulgakov livre en effet, avec ce roman, une réécriture contemporaine du mythe de Faust, transposée dans la Moscou stalinienne des années 1930 : pour retrouver l’homme qu’elle aime, un écrivain maudit – auteur d’une biographie inachevée de Ponce Pilate, Marguerite accepte de livrer son âme au diable…

Extraits

Extraits de la traduction française de Claude Ligny, éditions Robert Laffon, 1968 :

  1. Chapitre 1 : « Ne parlez pas à des inconnus »
  2. Chapitre 12 : « La magie noire et ses secrets révélés »
  3. Chapitre 20 : « La crème d’Azazello »
  4. Chapitre 32 : « Grâce et repos éternel »

Avec les voix de l'écrivain Jean-Claude Carrère, et des metteurs en scèneAlexander Petrovic et Simon McBurney (Archives Ina)

Programmation musicale :

CHARLES TRENET " LA JAVA DU DIABLE"

LA DAMNATION DE FAUST de Berlioz, l'air de Marguerite, par ELINA GARANCA

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