Déguisée en pèlerine tibétaine, Alexandra David-Néel entame, en 1923, un périlleux périple vers Lhassa, ville alors interdite aux Occidentaux. Elle est accompagnée par Yongden, son fils adoptif. Ouvrons le "Voyage d'une Parisienne à Lhassa" et découvrons les aventures de ces explorateurs !

Photo de l'exploratrice Alexandra David-Néel avec son fils tibétain.
Photo de l'exploratrice Alexandra David-Néel avec son fils tibétain. © Maxppp / Sylvestre

" 28 septembre 1923

Mon très cher,

Je suis à Li-kiang, la dernière ville chinoise du nord-ouest du Yunnan. Je repars demain pour un hameau situé sur la rive droite du Mékong. Et tu te dis : « Après cela, où veut aller ma vagabonde ? » Après, je ne puis guère le savoir au juste. Je tente une nouvelle et dernière aventure… Où me conduira-t-elle ? C’est un mystère pour moi [...] Tâche de te représenter une tente minuscule, seule dans un recoin de montagne, par un soir où le froid pique, où la terre durcie sonne sous les pas, un feu de bouse de vache flambant devant la tente avec une marmite de thé plantée sur trois pierres et deux tout menus voyageurs, leurs bonnets enfoncés jusqu’aux yeux, assis autour de ce primitif foyer. Dis-toi, si tu veux, que ce sont des fous, mais quoi que tu puisses croire à ce sujet, tu ne pourras pas refuser quelque estime à leur intrépidité peu commune ; et s’il devait arriver que leurs forces les trahissant, ils ne revinssent pas de leur aventureux voyage, garde un bon souvenir aux explorateurs en miniature qui auront tenté une chose que leurs glorieux confrères dont les noms sont célèbres n’auraient peut-être jamais eu le cœur d’entreprendre."

Vous aurez peut-être reconnu l’extraordinaire voyageuse qui se cache derrière ces lignes...

Cette grande exploratrice, c’est Alexandra David-Néel. Quand elle écrit cette lettre à son mari, en septembre 1923, elle s’apprête à tenter une folle aventure: traverser en secret les territoires tibétains jusqu’à la ville de Lhassa, alors interdite aux étrangers…

A 55 ans, la téméraire n’en est pas à son coup d’essai. Née en France en 1868, Alexandra David-Néel se révèle très vite une femme d’exception. Disciple du géographe anarchiste Elisée Reclus, elle n’a que 23 ans lors de son premier voyage à Ceylan (nom du Sri Lanka à l’époque) et en Inde. A son retour, elle mène une vie foisonnante : elle étudie les langues orientales, se passionne pour la culture tibétaine, collabore à des journaux féministes, connaît une riche carrière musicale…

En 1911, mariée, elle repart seule en Asie, désireuse d’approfondir ses connaissances sur le terrain. Elle y reste 14 ans, alternant longues expéditions et années studieuses, apprenant le tibétain, se formant auprès de grands maîtres spirituels. Elle rencontre Yongden, un jeune lama – comme on appelle les moines bouddhistes – qui devient son compagnon de voyage, son collaborateur, et plus : son fils adoptif. 

A plusieurs reprises, Alexandra David-Néel et Yongden tentent d’atteindre Lhassa ; en vain. Sous influence britannique, cette partie du Tibet est alors interdite aux étrangers, et l’exploratrice française toujours déboutée. Les deux complices imaginent alors un stratagème pour se jouer des frontières : se déguiser en pauvres pèlerins tibétains, et passer incognito. C’est cette aventure de huit mois d’est en ouest, réalisée entre 1923 et 1924, que relate le Voyage d’une Parisienne à Lhassa, le plus célèbre des livres d’Alexandra David-Néel, paru en 1927 aux éditions Plon… et que je vous propose de découvrir. 

Elle a inventé sa route au milieu de territoires inconnus ; conquis sa place dans le monde très masculin des aventuriers et des intellectuels d’alors… Partons ce soir sur les pas de cette pionnière !

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Voyage d'une Parisienne à Lhassa est disponible aux éditions Plon / Pocket.  

La programmation musicale 

CHRIS JAGGER : « Lhasa town »

JEAN -LOUIS AUBERT : « Vivant poème  »

Les extraits sonores 

Alexandra David-Néel  :J’ai quitté ma famille à 5 ans parce que je voulais voir ce qu’il y avait plus loin ! Enfant, adolescente , je me suis toujours sauvée! 

Le Tibet tel que je l'ai vu 1954 - Michel  Manoll

Alexandra David-Néel   J'ai été le 1er voyageur blanc à explorer cette région- ci du Tibet, sa façon de voyager 

Le Tibet tel que je l'ai vu  1955   -Michel  Manoll
 

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