‘Bradley, pourriez-vous venir ici, s’il vous plaît… Je crois que je viens peut-être de tuer Rachel… ’

Je répondis immédiatement, calmement aussi, mais avec émotion : ‘Arnold, ne faites pas l’idiot, ne faites pas l’idiot !

  • Pourriez-vous venir tout de suite, s’il vous plaît ?

Sa voix avait l’intonation d’un avis enregistré sur disque. Je dis : ‘Avez-vous appelé un médecin ? ’. Un instant de silence. ‘Non’

  • Eh bien, appelez-en un !

  • Je vous… expliquerai… Pouvez-vous venir tout de suite ?

  • Arnold, dis-je, il n’est pas possible que vous l’ayez tuée… Vous dites des bêtises… Il n’est pas possible que vous…

Un instant de silence. ‘Ca se peut’ . Il avait la voix blanche, comme si elle était calme. Il avait subi, sans aucun doute, un choc sérieux.

  • Qu’est-il arrivé ?

  • Bradley, pourriez-vous…

  • Oui, dis-je, j’arrive tout de suite. Je vais prendre un taxi.

Et je raccrochai.

Le Prince noir, d'Iris Murdoch
Le Prince noir, d'Iris Murdoch © Domaine public

Il s’appelle Bradley Pearson, et c’est le personnage principal du célèbre roman Le Prince noir , d’Iris Murdoch.

A 50 ans passés, il habite à Londres, il est divorcé, et plus ou moins célibataire… Il boit du xérès à longueur de journée et ne parvient pas à écrire le livre de sa vie, celui qu’il a en tête depuis des années et qui, peut-être, le révèlera aux yeux du monde entier…

Car Bradley est dans une situation un peu délicate : il est un écrivain raté qui a pour meilleur ami un romancier à succès : Arnold. C’est lui qui l’appelle un soir car il s’est violemment disputé avec sa femme Rachel…

Bradley intervient donc, et calme les esprits…

Mais il va bientôt devoir faire face aux avances de cette même Rachel, au retour de son ex-femme Christian, à la dépression de sa sœur Priscilla et, comme si cela ne suffisait pas, aux sentiments naissants qu’il éprouve pour la jeune Julian…

Dans cette tragi-comédie publiée en 1973, la romancière irlandaise Iris Murdoch explore l’intimité d’un homme qui va perdre le contrôle de sa vie… La cause de cette descente aux enfers, c’est « l’Eros noir », ce dieu de l’amour dont il ne faudrait jamais s’approcher…

Tous les textes lus à l'antenne sont extraits de l'édition Gallimard, coll. L'Imaginaire, dans une traduction de Yvonne Davet (2004)

Avec les voix de Alain Finkielkraut, Christine Jordis etIris Murdoch (archives INA)

Programmation musicale :

Ben Harper : " Walk away"Paul Mac Cartney : "Bye bye blackbird"

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