Hommage au grand romancier qui nous a quitté l'été dernier, à quelques semaines de son 90e anniversaire

Michel Butor avec La modification entre les mains, Prix Renaudot 1957
Michel Butor avec La modification entre les mains, Prix Renaudot 1957 © Getty / Keystone-France

« A l’intérieur du wagon, les voyageurs voient défiler le paysage de chaque côté. Les fenêtres se présentent comme des écrans de cinéma. On glisse le long du paysage, alors que lorsqu’on conduit une automobile, on pénètre à l’intérieur. Le paysage de l’automobiliste est une métaphore du présent, de la façon dont nous nous enfonçons dans l’avenir avec le passé derrière nous. Alors qu’en train, nous glissions le long du paysage ferroviaire, et nous éprouvons par rapport à lui une liberté beaucoup plus grande. Jeu entre des voyages et des régions d’entre-voyages. »

C’est par ces mots, extraits du recueil Improvisations, aux éditions de La Différence, qu’un grand écrivain français nous invite au voyage, un voyage dans le temps. Il s’agit de Michel Butor, figure emblématique du « Nouveau Roman », dans les années 1950, auprès de grands noms comme Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, qui ont révolutionné la littérature en s’affranchissant des normes du récit.

Romancier, essayiste, amateur de peinture et de musique, mais aussi grand voyageur, enseignant en Egypte, aux Etats-Unis puis en Suisse, Michel Butor s’est éteint l’été dernier, à la veille de son 90e anniversaire. Auteur d’une œuvre considérable – plus de 1500 titres mêlant poésie et ouvrages d’art, il est surtout célèbre pour ses quatre unique romans, écrits à l’âge de trente ans : Passage de Milan, en 1954, qui a influencé Georges Perec ; L’Emploi du temps, en 1956 ; Degrés en 1960. Mais son chef d’œuvre est, incontestablement, ce récit fascinant d’un trajet en train, La Modification, paru en 1957, aux éditions de Minuit, récompensé par le prix Renaudot la même année.

Ce soir, saluons la mémoire de ce professeur de littérature, amoureux des auteurs classiques : Flaubert, Balzac, Rimbaud. Grand érudit, il parle de son talent avec une extrême modestie (je cite) : « Si j’ai apporté quelque chose de nouveau, c’est que j’ai été entraîné par l’élan de nouveautés qui vient du fond des siècles. »

Trop modeste, Michel Butor est l’inventeur du roman à la deuxième personne du pluriel, ce « Vous » qui interpelle le lecteur et ne le lâche plus... Comme lui, laissons-nous emporter et prenons le train en marche...

Extraits des oeuvres :

- Improvisations sur Michel Butor, L'écriture en transformation, éditions La différence, 2014

-La Modification, éditions de Minuit, 1957

Programmation musicale :

Telepopmusik : "Last train to wherever"

BOF "Un air de famille" de Cédric Klapisch

Les archives de l'INA

La voix de Michel Butor est extraites des émissions suivantes :

*DU JOUR AU LENDEMAIN 01/11/2010 -Alain Veinstein

*Archive de 1957

*A VOIX NUE 29/11/2000 -Frédéric Yves JEANNET

*LES NOUVEAUX CHEMINS DE LA CONNAISSANCE 30/11/2009- Raphaël Enthoven

Et un extrait de La mort aux trousses d'Alfred Hitchcock

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