Pour le plaisir de retomber en enfance, parcourrons ce grand roman sentimental qui fêtera en 2018 son 150e anniversaire

Frances Dee, Jean Parker, Katharine Hepburn et Joan Bennett sur le tournage de "Little women", film adapté du roman de Louisa May Alcott
Frances Dee, Jean Parker, Katharine Hepburn et Joan Bennett sur le tournage de "Little women", film adapté du roman de Louisa May Alcott © Getty / RKO Pictures

"Il y eut un livre où je crus reconnaître mon visage et mon destin : Les quatre filles du Docteur March, de Louisa May Alcott. Je m’émus de voir Meg et Jo, les deux aînées, enfiler de pauvres robes en popeline noisette pour se rendre à une matinée où tous les autres enfants étaient vêtus de soie ; on leur enseignait, comme à moi, que la culture et la moralité l’emportent sur la richesse ; leur modeste foyer avait, comme le mien, un je ne sais quoi d’exceptionnel. Je m’identifiai passionnément à Jo, l’intellectuelle. Brusque, anguleuse, Jo se perchait pour lire, au faîte des arbres ; elle était bien plus garçonnière et plus hardie que moi ; mais je partageais son horreur de la couture et du ménage, son amour des livres.  Je me crus autorisée moi aussi à considérer mon goût pour les livres, mes succès scolaires, comme le gage d’une valeur que confirmerait mon avenir. Je devins à mes propres yeux un personnage de roman. Toute intrigue romanesque exigeant des obstacles et des échecs, je m’en inventai."

Ce sont les mots de Simone de Beauvoir qui se souvient dans ses Mémoires d’une jeune fille rangée de sa lecture des Quatre filles du Docteur March, à l’aube de son adolescence dans les années 1920. Celle qui une trentaine d’années plus tard incarnera la libération de la femme et posera un regard nouveau sur la condition féminine s’est donc construite avec ce célèbre roman pour la jeunesse écrit en 1868. 

Dans une petite ville du Massachussetts, sur fond de Guerre de Sécession, le roman raconte le quotidien familial de quatre sœurs. Meg et Jo  les deux aînées ; Beth et Amy les plus petites : quatre jeunes filles qui vont s’emparer de leur destin. Meg, douce et très jolie est la plus romantique. Jo a quant à elle une forte personnalité ; indépendante et garçon manqué, téméraire, originale et inventive, elle aime à se réfugier dans l’écriture. Beth est la plus sensible, fragile et raisonnable ; Amy la petite dernière, coquette et vaniteuse. Elles forment quatre facettes de la féminité. Mais Jo reste incontestablement le personnage le plus fascinant. Le cinéma s’en est d’ailleurs vite emparé. De Katherine Hepburn en 1933 dans le film de Georges Cukor, à Wynona Ryder en 1995 dans l’ adaptation de Gillian Armstrong, elle reste un idéal de la femme moderne, incarnation de l’émancipation et de l’impertinence

Avec Scarlett O’Hara, Jo forme l’archétype de l’héroïne américaine. Et n’aurait incontestablement pas pu échapper au regard de notre féministe nationale des années 50, Simone de Beauvoir. 

  C’est par ailleurs un des miracles de la littérature : créer des personnages intemporels dont la popularité dépasse celle de leur auteur. Il faut pourtant saluer la grande vitalité de l’écriture de l’américaine Louisa May Alcott. Laissons-nous emporter ce soir par la fougue et l’impétuosité de Jo March, ouvrons ensemble ce roman universel écrit il y a près de 150 ans     

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  • HELEN FORREST : "I've heard that song before"
  • THE BEATLES : « Girl »
  • LUDMILLA DABO : « Baby you ate my soul »
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