A Venise, dans le temps du carnaval, voulant m’assurer de n’être pas reconnu, je décidai de me masquer en Pierrot. Mais voilà un Arlequin qui avec l’impertinence permise à son caractère vient me fesser avec sa batte. Je le saisis à la ceinture, et je le porte en courant tandis qu’il poursuivait à me frapper de sa batte le derrière. Son Arlequine accourt au secours de son ami. Je dépose alors Arlequin, et je mets l’Arlequine sur les épaules, la frappant sur le derrière, et courant à toutes jambes au bruit des risées. Puis, au bruit des claquements de mains de toute l’assistance, j’ai saisi le moment, j’ai percé la foule, et je me suis sauvé...

Sous le masque de ce Pierrot intrépide, se cache l’une des plus personnalités les plus fantasques du XVIIIe siècle : l’aventurier et séducteur Jacques Casanova, né en 1725 à Venise, et mort en 1798 en exil en Allemagne , au château de Dux en Bohème. Cet autoportrait, tiré du premier Tome de ses Mémoires , relate une scène de carnaval de l’année 1754. Casanova, fils de comédiens, s’y met en scène en véritable personnage de la commedia del’arte.

Réédition Titanic, 1996
Réédition Titanic, 1996 © Radio France

Après avoir parcouru, la semaine dernière, quelques pages de son impressionnante «Histoire de ma vie », découvrons, ce soir, un tout autre portrait de Casanova. Dans ce siècle turbulent qui mène à la Révolution française, il incarne surtout « l’art de brasser du vent », insensible à l’air du temps et aux valeurs nouvelles qui vont faire basculer l’Ancien Régime.

Ce portrait critique est signé par un grand écrivain, le dramaturge Robert Abirached , dans un essai passionnant, qu’il publie au tout début de sa carrière, à l’âge de trente ans. Le livre s’intitule Casanova ou la dissipation , édité chez Grasset en 1961 , réédité aux éditions Titanic en 1996 .

J’ai le plaisir de vous le faire découvrir ce soir...

Programmation musicale :

Lulu Borgia, « Les infortunes de Casanova »

Ensemble A Filetta, «Des masques » (extrait de la BOF « Don Juan », musique de Bruno Coulais)

Jean-Pierre Taieb, « Kill me »

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