Découvrons l'Italie intime, belle et violente, du grand romancier et cinéaste…

Pier Paolo Pasolini (1922 - 1975), ici en 1970
Pier Paolo Pasolini (1922 - 1975), ici en 1970 © Getty / ullstein bild

Quelques mots d'Alberto Moravia

« Pier Paolo Pasolini haïssait la violence, et malheureusement la violence l’a fracassé. C’était un homme courageux, bien plus courageux que beaucoup de ses concitoyens et de ses contemporains, car il avait le courage de dire la vérité. Avec sa mort, nous avons perdu un témoin. Il se disait lui même différent. En quoi l’était-il? D’une certaine manière, Pasolini essayait - comment dire? - de provoquer des réactions dans le corps inerte de la société italienne. C’était avant tout un poète. Et de poètes, il n’en naît que trois ou quatre par siècle dans le monde. Je vous le dis: cette image qui me persécute, l’image de Pasolini qui s’enfuit à pied sur le long de la plage d’Ostie, pourchassé par quelque chose qui n’a pas de visage et qui est ce qui l’a tué, est emblématique de l’Italie. Une société qui tue ses poètes est une société malade. »

Ces mots ont été prononcés par l’écrivain Alberto Moravia, quelques jours après l’assassinat atroce de son ami intime, Pier Paolo Pasolini retrouvé mort dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, sur un terrain vague le long de la plage d’Ostie. Il vivait à Rome et passait ses nuits au-delà des limites de la ville, dans les borgate, auprès des jeunes garçons, des voyous, des criminels, les Iragazzi. Ce monde qui le fascine et l’inspire l’a tué.

Pier Paolo Pasolini

Romancier, poète, cinéaste, Pasolini a passé la société Italienne à la loupe, l’a mise en mots et en images, dans toute sa rugosité. Avec toujours ce mélange d’archaïsme et de grâce mystérieuse qui définit son œuvre jusqu’à sa fin tragique, à l’âge de 53 ans.

En 1959, Pasolini se prête à un exercice particulier : au volant de sa Fiat Millecento, il se lance sur les côtes italiennes pour un tour complet des plages italiennes. Il est alors envoyé spécial pour le compte d’un magazine à grand tirage, Successo. Le texte sera ensuite publié dans les années 90, il s’intitule La longue route du sable. 

Eté 1959. Pasolini a alors publié son premier roman, Les Ragazzi quelques années plus tôt; le second, Une vie violente paraîtra dans quelques mois. Il est par ailleurs scénariste pour plusieurs cinéastes, notamment Fellini. A Rome c’est d’ailleurs l’été où ce dernier tourne La Dolce Vita coupe. 

1959. L’Italie est au cœur d’une Europe en plein développement. Le pays vit une période de renouveau économique et politique dont La Fiat et la Vespa symbolisent le miracle.

À travers ses plages, ses populations, et les mutations qu’il observe, Pasolini offre un regard à la fois poétique et sociologique du pays.

Au-delà, traversant l’Italie, il poursuit quelque chose de lui-même. La route du sable contient en effet plusieurs mouvements : de l’exploration vertigineuse de la beauté des paysages, jusqu’au retour au pays natal, en passant par une descente aux enfers dans quelques zones dangereuses.  

Il y a des touches du Sur la route de Kerouac, paru 2 ans plus tôt, un esprit de la Dolce Vita de Fellini. 

Pasolini de 37 ans, il est exalté, dans la joie d’un été qui commence. Acceptons ce soir  de nous perdre un petit peu dans la géographie italienne, laissons nous guider sur La longue route du sable.

Une émission préparée par Perrine Malinge.

La programmation muscicale:

VINICIO CAPOSSELLA : Con una rosa 

RICHARD COCCIANTE : La nostra lingua Italiana

Et les extraits  sonores  suivants : 

"Pour lutter contre la société de consommation, je fais des films inconsommables":  Allez au cinéma 13 oct. 1969 

"Annonce de sa mort" :Inter actualités : 2 nov. 1975 

Se définir? Cinéastes de notre temps - Pasolini l’enragé - Jean-André Fleschi (1966)

Fascisme et société de consommation : Archive italienne  traduite et diffusée dans Surpris par la nuit- février 2009 

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