Un peu d'humour anglais, ça peut pas faire de mal...

Tom Sharpe
Tom Sharpe © Getty / Raphael GAILLARDE

Sir Godber Evans se carra dans son siège et entreprit de dévisager ses confrères avec dégoût, « Quelle bande d’attardés » songea-t-il. Surtout là, avec leur serviettes bien plantées dans le col, selon l’ancestrale tradition du Collège, leurs nuques graisseuses de transpiration et ces bouches éternellement pleines.

Confrères de Porterhouse, membres du Collège, commença-t-il avec l’urbanité bien huilée de l’ex-politique. En tant que votre nouveau Maître, il me semble qu’il est temps de songer aux changements qui devront avoir lieu si nous voulons jouer notre rôle dans le monde moderne…

Tout était calculé, chaque insulte mesurée au millimètre. Les mots « changement » et « moderne » souillaient savamment l’atmosphère. Sir Godber était aux anges. Il avait mis dans le mille. Après cet effet d’annonce il s’arrêta net, sourit une dernière fois, et, avant que la tension ne se fut relâchée, tourna les talons et disparut dans la Salle des Professeurs. Derrière lui, le Banquet tout entier poussa un long soupir.

C’est avec cette scène de banquet qui tourne au vinaigre que s’ouvre, Porterhouse, le roman de Tom Sharpe, maître de l’humour noir anglais, disparu en 2013. 

Le décor est planté, nous sommes à Cambridge dans l’un de ces illustres collèges multicentenaires aux rituels immuables, que l’auteur connaît bien pour les avoir lui-même fréquentés en tant qu’élève et enseignant. On y croise des confrères en toge noire, des domestiques en nombre, et des élèves exclusivement masculins, au paroxysme de la frustration.

Un univers retranché du monde où le temps semble suspendu

Tandis que dehors, les années soixante-dix battent leur plein. Lorsque Sir Godber Evans, avec qui nous venons de faire connaissance, prend les rênes de l’établissement, une bataille s’engage entre ce partisan du changement et ses confrères, gardiens de l’immobilisme.

Tom Sharpe, le bien nommé, (sharp signifie « tranchant » en anglais) a la dent dure contre le système éducatif anglais, également au cœur de sa fameuse série des Wilt, mais aussi contre le snobisme et la bêtise en général. 

Et lorsque ce satiriste s’attaque aux comportements sociaux, sexuels et intellectuels de ses congénères, il est tout simplement irrésistible !

Savourons donc dans cette émission, la lecture de ce livre, indisponible en France, dans la traduction de François Dupuigrenet-Desrousilles, aux éditions 10/18.

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